Le design, nouveau levier de croissance par la diversité

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Mar 15, 2018
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Je partagerai ici brièvement mon point de vue en tant qu’artiste, designer et chef d’entreprise qui s’intéresse au travail et à son potentiel d’émancipation des genres, en tant que forme de création multiple.

Depuis 15 ans, j'œuvre en tant qu’artiste, UX designer et entrepreneure.

L’artiste crée, elle s’investit dans son humanité, elle se questionne sur sa propre nature, ses semblables, elle prend de la hauteur, elle conscientise pour avancer dans sa démarche qui prend forme dans un objet de sens délivré au public qui n’a rien demandé, mais qui peut s‘émouvoir et à son tour prendre de la distance, développer sa réflexivité, et faire avancer l'Humanité.

Le designer conçoit, modélise, construit, planifie, intègre la diversité et la complexité dans un même modèle de connaissance pour rendre pérenne et utile sa création pour des générations. Le travail du designer ne se voit pas, il gît dans l’intelligence de la solution apportée au problème qu’il a révélé en écoutant les problèmes vécus par les usagers. Son effort constant est de dénouer humblement les nœuds, créer des liens, ouvrir le plus possible son champ de compréhension du monde.

Ces deux métiers tels que je vous les exprime seraient par nature empathiques, égalitaires, cerveau droit / cerveau gauche, allant vers l’avant, ne s’attachant ni aux dogmes, ni à des idoles.

Le premier produit une œuvre qui porte du sens mais peu d’impact, tandis que le second engendre une œuvre dont l’utilité peut être mesurée par son succès d’usage et de vente.

Dans le but de développer des croisements entre ces disciplines créatives, il y a 6 ans, j’ai eu ce projet de créer Le Laptop, un espace de concentration, conception et création pour les indépendants. L’idée initiale était de créer un bureau sans boss, où l’on choisisse d’aller, sans contrainte. Les individus viennent travailler chez nous car leur qualité de vie et le résultat de leur travail en sont nettement améliorés. Ce choix de mode de travail est nécessaire pour ceux qui privilégient la diversité comme moteur de leur croissance.

J’ai toujours eu le plaisir d’accueillir autant d’hommes que de femmes, et j’ai toujours été surprise depuis qu’on m’interroge sur la parité de ne compter aucun épisode de machisme ou de prise de pouvoir masculine. Je constate à l’inverse une très belle harmonie, que je sais écosystémique.

À savoir si étant donné que je suis une femme chef d’entreprise : me respecte-t-on davantage ? Les femmes seraient-elles plus en confiance et davantage dans leur élément ? Concernant la parité, le nombre d’hommes toujours plus important ferait-il une balance avec la plus grande ‘concentration’ de femmes dans mon espace ?

On pourrait aussi se demander plus globalement, est-ce que le métier de designer intègre par définition autant de femmes que d’hommes, un peu comme une espèce d’un nouveau genre ?

On associe aujourd’hui beaucoup les femmes aux métiers de la création, de la communication. Beaucoup de mes consœurs UX designers ont d’ailleurs des postes importants dans des agences de communication, de design, et chez des annonceurs, des postes qu’elles ont souvent elles-mêmes créés.

Permettez-moi de  vous parler de notre métier actuellement en plein boom dans toutes les entreprises, qui a des particularités notables qui expliqueraient cette parité.

Notre objectif est de créer de meilleures relations entre les entreprises et leurs usagers grâce à des méthodes de créativité et de collaboration permettant de créer des solutions rapidement et de s’assurer de leur adéquation avec les besoins des utilisateurs. C’est une véritable performance intellectuelle qui invite le groupe à générer un maximum d’idées afin d’extraire les meilleures solutions aux problèmes auxquels on s’attaque.

Nous menons des sprints très régulièrement avec des entreprises et j’aime observer à quel point ces méthodes changent du tout au tout leur rapport au travail, ainsi que leur relation avec leurs collègues hommes/femmes.

En effet, ce processus du design commence par mettre tout le monde au même niveau par le biais de quelques règles : tout le monde doit participer, personne ne doit se juger – et même pas soi-même, laisser parler tout le monde… Ces règles, qui font le succès de ces ateliers, ne sont pas si faciles à mettre en œuvre. Je dirais même que, malgré la complexité des problèmes à résoudre, la plus grande difficulté est de travailler ensemble ; cela vaut pour les entreprises du nouveau comme de l’ancien monde !

Beaucoup ont une approche très conquérante, voire perçoivent une prise de pouvoir sur leurs clients comme nécessaire pour croître, À l’inverse, les designers, artistes, entrepreneurs sociaux ne croient plus à ce modèle et tentent de donner du sens à cette économie pour les générations futures. Pour nous, le succès des services que nous créons s’évalue par la qualité de la relation que nous arrivons à créer entre les clients de nos clients : l’expérience client (User eXperience) et le dynamisme recréé pour les employés (Employee Experience).

Cette capacité a été rendue possible par un travail collaboratif avec les utilisateurs, les employés, les dirigeants. Si c’est un domaine où les femmes excellent, nous voyons également les hommes intégrer toutes ces méthodes de communication et d’empathie, mettant à plat les divergences de points de vue et prises de pouvoir.

En tant que cheffe d’entreprise, quand j’entends le refrain des CEOs « Make the World a Better Place », j’aimerais leur dire que l’urgence est maintenant de concevoir son client autrement qu’une machine à consommer et de mettre fin aux stratégies qui asservissent les Hommes. Pour innover socialement, il faut commencer à travailler ensemble, diriger le pouvoir et le vouloir vers l’avant et non vers le bas.  La dynamique des pouvoirs entre hommes et femmes n’en sera que plus harmonieuse. Il y a un véritable ressort artistique et un formidable geste créatif dans l’entrepreneuriat. Aussi, mettons en œuvre un projet pour servir les Hommes, leur besoin d’autonomie, d’humanité et de créativité. Les facteurs d’employabilité et d’égalité seraient bien meilleurs et j’irais même plus loin, l’économie se porterait bien mieux car elle serait dotée d’un vrai sens directeur.

Lire le chapitre 18 : L'aménagement flexible du temps de travail du rapport de l'OCDE Atteindre l'égalité femmes-hommes, un combat difficile

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Pauline Thomas

Founder & Director, Le Laptop

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