Une sur trois, c’est une de trop : agir contre les violences faites aux femmes

Image bannière: Shutterstock/Fahmida Choudhury Ealin

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. 

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Le 23 octobre 2020, Melissa, 42 ans et mère de trois enfants, a été battue à mort par son mari dans leur maison située sur l’île de Maupiti en Polynésie. Le 29 octobre, Maëlys, 26 ans, a été étranglée par son mari à Angers, en France, devant leurs enfants âgés de 4 et 7 ans. Le 10 novembre à Tegernsee en Allemagne, Cristina, 25 ans, a été retenue en otage puis tuée à coups de couteau par son conjoint, en présence de leur enfant de 2 ans. La police est arrivée trop tard pour la sauver, mais a abattu son agresseur. D’après leurs voisins, le couple se disputait souvent.

Cette énumération macabre ne représente qu’une fraction des violences subies chaque jour par les femmes à travers le monde. Il ne s’agit ni de crimes passionnels ni de simples disputes conjugales. Les violences à l’encontre des femmes constituent l’une des violations des droits de la personne les plus courantes, les plus anciennes et les plus dévastatrices à l’échelle mondiale. Les femmes sont confrontées à la violence où qu’elles soient, chez elles, dans les lieux publics, au travail ou en ligne. Les chiffres sont glaçants : plus d’une femme sur trois dans le monde déclare avoir déjà subi des violences physiques ou sexuelles — et il s’agit d’une estimation basse. Selon les données d’ONU-Femmes, en 2017, une femme sur deux tuées dans le monde avait été assassinée par son conjoint ou un membre de sa famille, contre un homme sur vingt seulement. 

Il faut faire évoluer notre environnement socioculturel. Lorsque l’on réfléchit aux moyens de mettre fin aux violences à l’égard des femmes, il est donc essentiel de se demander, avant toute autre chose, quelles sont les raisons qui poussent les hommes à s’en prendre aux femmes — et quelles sont les solutions pour remédier à ce fléau.

Il est rare que ces violences soient des incidents isolés : elles s’inscrivent généralement dans le cadre d’une maltraitance permanente. Trop de femmes subissent chaque jour des blessures physiques et psychologiques causées par les personnes dans lesquelles elles ont le plus confiance, à savoir leur petit-ami, leur mari ou leur conjoint. La crise du COVID-19 a aggravé la situation : avec le confinement, plusieurs millions de femmes sont enfermées à leur domicile avec leur agresseur, sans pouvoir demander de l’aide et sans avoir nulle part où aller.

 Dans le monde entier, les pouvoirs publics prennent des mesures : 21 des 37 pays ayant adhéré aux Recommandations de l’OCDE sur l’égalité hommes-femmes ont fait de la lutte contre les violences faites aux femmes l’une des trois priorités les plus urgentes de leur action en faveur de l’égalité entre les sexes. Nombre d’entre eux ont modifié leur législation, supprimé les lois discriminatoires et mis en œuvre des stratégies de prévention et de lutte contre les violences. Pourtant, seulement 133 des 180 pays couverts par l’Indice « Institutions sociales et égalité femmes-hommes » (SIGI) de l’OCDE ont fait des violences domestiques un délit pénal, et 110 seulement considèrent le harcèlement sexuel comme une infraction pénale.

À l’évidence, il reste beaucoup à faire. À l’issue de la conférence inaugurale de l’OCDE sur la lutte contre les violences conjugales tenue en février 2020, les Ambassadeurs de l’OCDE ont lancé un appel à l’action invitant l’Organisation à concentrer ses efforts sur 5 défis à relever pour concevoir des politiques efficaces.

Lire en anglais le résumé des actes de la conférence: Taking Public Action to End Violence at Home book

Tout d’abord, il faut mieux comprendre à la fois l’ampleur et les causes profondes de ce type de violence, en recueillant des données de manière plus précise et plus régulière. Il est en effet impossible de lutter contre un mal qu’on ne connaît pas bien. Le manque d’informations fiables est lié en partie à l’inadéquation des ressources publiques allouées à la collecte de données, mais il reflète aussi une dimension cachée liée à la honte et à la peur, de même qu’une certaine réticence de la société à identifier et condamner les agresseurs et les violences. 

Ensuite, nous avons besoin d’une action plus systématique impliquant l’ensemble de l’administration — avec des cadres juridiques complets et des stratégies à l’échelle de la société — pour prévenir les violences conjugales, protéger celles qui en sont victimes et poursuivre les auteurs. Il convient notamment de fixer des normes minimales en matière de services et de définir clairement les rôles et les responsabilités, de sorte à rallier l’adhésion de l’ensemble de l’administration.

Par ailleurs, nous devons assurer un accès facile et coordonné aux services destinés aux victimes de violences, comme les soins médicaux, les services de garde d’enfants, l’éducation, le logement, la protection sociale ou l’assistance juridique. Les victimes elles-mêmes sont souvent doublement pénalisées du fait de leur appartenance ethnique, de leur revenu, de leur orientation sexuelle, etc., ce dont il faut tenir compte dans la prestation des services publics. Il est inacceptable de demander aux victimes de raconter encore et encore leur histoire devant différents conseillers et pour différents organismes.

En outre, nous devons nous assurer qu’aucun obstacle n’empêche les victimes d’obtenir réparation. Il nous faut créer des parcours judiciaires centrés sur les victimes et les intégrer à d’autres services. Parallèlement, il est aussi essentiel de considérer comme des infractions pénales les multiples formes de violence — en appliquant notamment des sanctions claires et fortes aux auteurs d’actes de violence — et de définir correctement ce qui constitue ces crimes et infractions.

Enfin, et ce qui est peut-être le plus difficile, nous devons changer l’environnement socioculturel. Lorsque l’on réfléchit aux moyens de mettre fin aux violences à l’égard des femmes, il est essentiel de se demander, avant toute autre chose, quelles sont les raisons qui poussent les hommes à s’en prendre aux femmes — et quelles sont les solutions pour remédier à ce fléau. Les pays mettent en œuvre de nombreux programmes différents afin de prévenir de nouvelles violences en collaborant avec les auteurs de ces actes, mais il existe peu d’évaluations de ces interventions. Il est indispensable de comprendre quels types de programmes sont efficaces pour limiter les risques de récidive une fois que les agresseurs ont purgé leur peine de prison.

L’OCDE se réjouit à la perspective de travailler avec toutes les parties prenantes — gouvernements, pouvoirs publics, organisations non gouvernementales, partenaires sociaux et, surtout, victimes — pour trouver des solutions durables et efficaces au défi mondial que représente la fin de la violence à l’égard des femmes.

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Monika Queisser

Head of Social Policy Division, OECD

Monika Queisser is Senior Counsellor to the Director of Employment, Labour and Social Affairs Directorate and the Head of Social Policy Division at the OECD, where she supervises and coordinates the work on social protection, social indicators, pensions, affordable housing, family and LGBTI policies. She has been working at the OECD since 1997. In 2007-8, she worked as an adviser to the OECD Secretary-General. Prior to joining the OECD, Ms. Queisser worked at the World Bank in Washington, D.C. She was a member of the pensions and insurance group in the Financial Sector Development Department. Her first employment was with the German Ifo Institute for economic research in Munich. Her professional experience also includes employment as a journalist at daily newspapers and broadcasting in Germany.