Une approche en quatre volets pour une reprise durable favorisant l’égalité des sexes

À l’échelle mondiale, l’écart de rémunération entre hommes et femme était déjà d’une ampleur inacceptable avant la pandémie. Elizabeth Hill, Rae Cooper et Frances Flanagan proposent des solutions et une voie à suivre. Image bannière: Shutterstock/ Monkey Business Images

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. Cette série vise à favoriser un échange constructif de vues et d’expertises développées dans différents domaines afin de nous permettre de relever ensemble ce défi majeur. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE.

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À l’échelle mondiale, l’écart de rémunération entre hommes et femme était déjà d’une ampleur inacceptable avant la pandémie. Au cours des deux ans qu’a duré la crise liée au coronavirus, il s’est creusé et aggravé. Les données recueillies à l’échelle internationale révèlent en effet que les disparités entre les sexes sur le marché du travail, notamment l’extrême ségrégation professionnelle et la répartition inégale du travail non rémunéré au sein du foyer, se sont accentuées avec le COVID-19. À l’heure de la reprise, il est urgent d’agir pour repartir sur des bases meilleures et plus justes afin d’assurer la viabilité du travail dans tous les sens du terme — sur les plans social, économique et écologique. À défaut, cet écart risque de se creuser encore davantage et, de ce fait, de devenir d’autant plus long à combler. Les pouvoirs publics et les entreprises sont dès lors invités à engager cette démarche en se fondant sur une approche en quatre volets.

1. Penser la reprise à travers le prisme de l’égalité des sexes

Reconstruire en mieux ne se fera pas sans volonté d’assurer l’égalité des sexes.

Les précédentes crises sanitaires et économiques telles que l’épidémie de SRAS de 2003 et la crise financière mondiale de 2008 nous enseignent que l’instauration de l’égalité femmes-hommes sur les marchés du travail ne se produit pas automatiquement une fois passée l’urgence de la crise. Sauf à faire preuve d’une volonté délibérée, qui suppose notamment la participation des femmes à la prise de décisions, leurs intérêts et leur vécu seront passés sous silence. Considérer les efforts de relance à travers le prisme de l’égalité entre les sexes offre un cadre permettant de comprendre les possibilités d’intégration de cette problématique dans l’action publique et l’investissement des entreprises à partir de la base. Il faudra, pour ce faire, recueillir les données différemment, en mettant l’accent sur l’impact unique de ces politiques sur les femmes et les hommes.

La prise en compte systématique de la problématique femmes-hommes dans la planification économique permettra non seulement de libérer le capital humain des femmes, mais aussi, étant donné le chevauchement entre les métiers majoritairement féminins et les secteurs bas carbone, d’asseoir l’économie mondiale sur des bases solides en vue d’une reprise inclusive, ce qui favorisera la pérennisation de la prospérité, du bien-être et de la viabilité écologique.

2. Emplois de qualité et travail décent

Les emplois de qualité constituent la principale caractéristique d’une reprise favorisant l’égalité des sexes.

Les femmes sont surreprésentées, à l’échelle mondiale, dans les emplois médiocres, c’est-à-dire précaires, mal payés, offrant peu de perspectives de carrière et de possibilités de se faire entendre. C’est particulièrement le cas dans les secteurs de la santé, de l’enseignement ainsi que des soins et services à la personne — et la pandémie a rappelé à quel point ces métiers sont essentiels à notre bien-être social et économique. Or, il s’agit aussi là de secteurs qui, par nature, émettent moins de carbone et, par rapport à beaucoup d’autres, nécessitent peu d’ajustements pour devenir écologiquement viables à long terme. Il est donc parfaitement sensé, sur le plan économique, social et environnemental, de veiller à ce qu’ils soient attrayants, sécurisants, flexibles et correctement rémunérés.

Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer à cet égard en assurant aux travailleurs un socle solide de droits universels, notamment un salaire décent, la possibilité de s’exprimer et la sécurité des horaires de travail. La bonne définition des postes est un autre domaine d’action dans lequel les entreprises et les pouvoirs publics doivent être à l’initiative. Sachant que la pandémie a entraîné le passage au travail à distance ou hybride dans de nombreux secteurs, il sera essentiel, pour assurer une reprise favorisant l’égalité des sexes, de proposer aux salariés des modalités flexibles qui leur soient favorables. La sécurité de l’emploi est indispensable pour que les travailleurs et les travailleuses puissent concilier activité rémunérée et responsabilités familiales et sociales. Il faudra, pour cela, que les employeurs définissent les postes judicieusement, alliant qualité et souplesse, en veillant à ne pas compartimenter la main-d’œuvre encore davantage et à favoriser des évolutions de carrière équitables.

3. Ouvrir les emplois rémunérateurs aux femmes

Les femmes doivent pouvoir mener des carrières durables dans les secteurs les mieux payés.

À l’échelle mondiale, les meilleurs postes et les emplois les mieux rémunérés sont trustés par les hommes, et les femmes reléguées aux secteurs faiblement rémunérés, au dernier échelon du marché du travail. Pour assurer une reprise favorisant l’égalité des sexes, les pouvoirs publics et les entreprises devront agir dans le sens d’une déségrégation professionnelle en remettant en cause les normes sociales qui empêchent les femmes d’accéder aux postes les mieux payés et les plus importants et de s’y épanouir. En effet, dans les rares cas où les femmes parviennent à intégrer les secteurs dominés par les hommes, elles peinent à s’y faire une place, à évoluer et à y faire carrière dans la durée. Il est inquiétant de constater que face à la crise du COVID-19, nombre d’États et d’entreprises internationales ont investi encore plus lourdement dans des secteurs majoritairement masculins tels que le bâtiment, l’extraction minière et l’aviation. Cette réponse, qui risque de creuser encore davantage les disparités observées sur l’ensemble du marché du travail, est une occasion manquée de réorganiser des secteurs vitaux de l’économie dans une optique d’égalité et de viabilité écologique.

Lire l'article: En finir avec le modèle de l'homme « soutien de famille »: l'autonomisation economique des femmes et l'égalité femmes-hommes par Eva Lindh, Membre régulier, Parlement suédois 

4. Une infrastructure sanitaire solide

Pour assurer l’égalité femmes-hommes, il est essentiel que le personnel de santé soit bien payé et formé. La pandémie a mis au jour une vérité que nous connaissions déjà : l’économie puise sa force dans la solidité de l’infrastructure sanitaire. Pour repartir sur des bases meilleures et plus justes, les pouvoirs publics et les entreprises doivent investir de l’argent frais dans une infrastructure sanitaire nationale solide, destinée notamment aux enfants ainsi qu’aux personnes âgées et handicapées, et dans des politiques nationales de congés payés pour les aidants. Les fortes pressions que la pandémie a fait peser sur les services et le personnel de santé, déjà vulnérables, ont entraîné la défaillance de ces services et la mise à l’arrêt de l’économie dans de nombreux pays. 

L’investissement dans le secteur des soins de santé constitue une stratégie de relance génératrice d’emplois qui permet de créer plus de postes qu’un investissement similaire dans le bâtiment ou l’industrie manufacturière. Le renforcement des infrastructures sanitaires favorise la participation des femmes au marché du travail et leur offre la possibilité d’occuper des postes qui correspondent à leurs compétences et à leurs aspirations. Il permet de garantir des parcours professionnels ambitieux, de réduire l’écart salarial et d’assurer la sécurité économique, mais aussi de développer les capacités humaines des personnes très jeunes, handicapées et âgées. Pour atteindre ces objectifs, il faut veiller à ce que le personnel de santé soit bien formé et rémunéré à la hauteur de ses compétences professionnelles. Les pouvoirs publics peuvent investir dans des modèles de financement favorisant la viabilité de la main-d’œuvre et la bonne gouvernance. Les entreprises peuvent aussi investir dans des politiques d’égalité femmes-hommes en matière de congés payés pour les soignants afin de compléter l’offre de services formels et d’appuyer une culture des soins considérés comme la responsabilité de chacun.

Cette approche en quatre volets favorisera la mise en œuvre d’une relance favorisant l’égalité des sexes ainsi que la viabilité de l’économie et de la société.


Regardez la vidéo L'écart de rémunération entre les sexes : Un problème tenace (en anglais) et découvrez comment l'OCDE s'attaque à l'écart de rémunération entre les sexes avec Valery Fey, économiste, Direction de l'emploi, du travail et des affaires sociales, OCDE. 

Lire le rapport: Vers un redressement tenant compte de la dimension de genre (en anglais) pour en savoir plus sur la manière dont l'OCDE aide les gouvernements à concevoir des approches de la gestion des urgences et du redressement tenant compte de la dimension de genre.

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Tackling COVID-19 Future of Work New Societal Contract  Gender Equality Français

Elizabeth Hill, Rae Cooper & Frances Flanagan

Political Economy Associate Professor; Gender, Work and Employment Relations Professor; & Sydney Fellow and Work and Organisational Studies Lecturer, The University of Sydney

Associate Professor Elizabeth Hill researches the political economy of women, work and care with a specific focus on how labour markets and public policy settings shape the gendered distribution of paid and unpaid work. She is co-convenor of the Australian Work and Family Policy Roundtable and Deputy Director of the Gender Equality in Working Life Research Initiative at The University of Sydney.

https://www.sydney.edu.au/business/about/our-people/academic-staff/rae-cooper.html

Professor Rae Cooper researches across all areas of women’s careers and working lives and am especially interested in the future of work, how women navigate their careers and the decisions that government and organisations can make to build equality at work. She is an Australian Research Council Future Fellow and the Director of the Gender Equality in Working Life Research Initiative at The University of Sydney.

https://www.sydney.edu.au/arts/about/our-people/academic-staff/elizabeth-hill.html

Dr Frances Flanagan's research concerns the changing role that work has played as a source of social cohesion, identity and belonging in the context of ongoing changes in employment relationships, gender relations, technology and the environment.

https://www.sydney.edu.au/business/about/our-people/academic-staff/frances-flanagan.html