Remettre les pendules à zéro pour une réforme du commerce et la relance dans la région MENA

Image bannière: Shutterstock/Mishakov Valery

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. Cette série vise à favoriser un échange constructif de vues et d’expertises développées dans différents domaines afin de nous permettre de relever ensemble ce défi majeur. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE.

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Il y a quelques décennies de cela, Winston Churchill a dit : « Il ne faut jamais gâcher une bonne crise ».

Alors que le monde affronte l'une des crises les plus graves de notre mémoire collective, tous les espoirs reposent sur une reprise dans un futur plus ou moins proche après les ravages sanitaires, sociaux et économiques causés par la pandémie. L’un des points positifs sur le plan économique est que toute crise peut être l'occasion de renouveler et de redynamiser les écosystèmes pour rebondir sur des bases plus innovantes.

Diminuer les barrières commerciales et créer un marché régional intégré seront nécessaires à la reprise dans la région MENA

Pourtant, la région pourrait rencontrer des difficultés à tirer parti de cette lueur d'espoir d'après-crise si elle ne fait pas de progrès significatifs en matière de promotion de l'intégration économique et sociale. 

Malheureusement, il s’agit d’une des régions les plus restrictives au monde concernant le commerce des biens et services. Les coûts de transport élevés et les obstacles techniques entravent également l’amélioration de la situation et, malgré les progrès réalisés dans le Golfe et ailleurs, le domaine logistique est à la traîne, en particulier lorsqu'il s'agit de réduire les coûts des échanges transfrontaliers.

Les données montrent que les volumes commerciaux ont fortement chuté dans la région au cours de l'année écoulée, enregistrant une baisse d'environ 20 %. Le ralentissement a particulièrement affecté les secteurs aux chaînes de valeur complexes en raison de l'affaiblissement de l'industrie logistique au niveau mondial. La relance du commerce sera essentielle pour ouvrir la voie à une reprise durable et riche en emplois dans la région.

Utiliser l'outil de OCDE-OMC en valeur ajoutée (TiVA) pour comparer les relations commerciales entre les économies et le processus de création de valeur

Malgré des progrès ces dernières années, la région MENA s’est montrée contre-performante en matière d'accès au crédit, qui est le plus bas au monde. Le commerce transfrontalier est coûteux et chronophage : il est, en moyenne, trois fois plus cher et quatre fois plus long que la moyenne des économies à revenu élevé.

Outre les barrières tarifaires et non-tarifaires, des obstacles supplémentaires subsistent, tels que les normes techniques et sanitaires, le manque de normes uniformes et d'harmonisation, ainsi que la paperasserie omniprésente, qui entravent le commerce international et régional, mais aussi les flux d'investissement et le rêve illusoire de la mise en place d'un Marché commun arabe. Cette situation est encore aggravée par une série d'accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux qui se chevauchent, qui n'ont pas été en mesure de créer les conditions nécessaires au développement du commerce.

L’ouverture des marchés dans la région MENA et la création d’une zone de libre-échange intégrée devraient donc être au premier rang des priorités des décideurs politiques pour mieux reconstruire l’après COVID.

Une réforme des politiques sociales et économiques est également nécessaire pour renforcer l'intégration commerciale

Pour y parvenir, les décideurs devront regarder au-delà de la réforme commerciale pour repenser les politiques sociales et économiques sous-jacentes.

Une réforme administrative sera essentielle à cet égard, car les institutions jouent un rôle majeur dans la stimulation du changement économique. Par exemple, des réformes visant à faciliter davantage l'administration en ligne pourraient contribuer à rendre le gouvernement plus agile et plus réactif aux besoins des citoyens et des entreprises, et accélérer le développement de l'entrepreneuriat.

Des réformes visant à faciliter l'accès au financement des entreprises sont également essentielles. L'écosystème d’affaires de la région MENA devrait accepter des sources de financement multiples et compétitives pour les MPME, comme le financement basé sur les actifs, les formes alternatives de dette, le financement participatif, les outils hybrides et les instruments de capitaux propres tels que les investisseurs providentiels.

Une main-d'œuvre qualifiée, possédant de bonnes connaissances dans le domaine du numérique sera également la clé d'une reprise riche en emplois.  Un engagement plus soutenu du secteur privé envers le secteur de l'EFP au niveau régional permettrait aux deux parties de s'assurer que les travailleurs possèdent les compétences dont les entreprises ont besoin. Selon un rapport récent du Forum économique mondial, 13,5 % des emplois créés proviendront des entreprises liées à la technologie. Cela conduira à l'émergence de 97 millions de nouveaux postes mais pourrait entraîner le déplacement d'au moins 85 millions d'emplois. Dans la région MENA—où les taux de chômage chez les jeunes sont parmi les plus élevés au monde (Palestine 40,1 %, Jordanie 39,2 %, Tunisie 34,4 %, Algérie 26,9 %, Égypte 24,7 %, Liban 23,3 % etc.) et où ces taux sont encore plus élevés chez les jeunes femmes—il est essentiel que les nouveaux venus sur le marché possèdent les bonnes compétences. À l'heure actuelle, la région souffre d'une inadéquation du marché du travail où la hausse des niveaux de réussite scolaire chez les jeunes entraîne une baisse de leur « employabilité ». Cela montre que le secteur de l'EFP dans la région MENA n'a pas été en mesure d'absorber la crise de COVID-19 et de s'attaquer au problème de la requalification et de l'amélioration des compétences de la main-d'œuvre en traitant les problèmes de transition professionnelle.

Vers une relance par les femmes dans la région MENA : il est temps de lever les obstacles restants à l’autonomisation économique des femmes par Juan Yermo, Directeur de cabinet du Secrétaire général de l'OCDE

Vers une relance par les femmes dans la région MENA : il est temps de lever les obstacles restants à l’autonomisation économique des femmes par Juan Yermo, Directeur de cabinet du Secrétaire général de l'OCDEVers une relance par les femmes dans la région MENA : il est temps de lever les obstacles restants à l’autonomisation économique des femmes par Juan Yermo, Directeur de cabinet du Secrétaire général de l'OCDE

La région MENA s'associe à l'OCDE pour ouvrir la voie vers une reprise durable et inclusive

Dans la région MENA, comme ailleurs, la pandémie a été un accélérateur des tendances préexistantes (numérisation / big data / finance inclusive alternative pour l'impact), mais elle a également créé de nouveaux besoins et opportunités stratégiques tels que le reshoring (relocalisation de la production) et le nearshoring (rapprochement de la production). Pour saisir ces opportunités, les économies de la région MENA devront devenir plus résilientes.

Ces dernières années, les gouvernements MENA ont promulgué des lois et des incitations allant dans ce sens. Parmi celles-ci nous pouvons citer la loi sur les start-up d’avril 2018 en Tunisie ; la nouvelle loi sur les incitations et l'innovation de 2018 en Égypte ; le InnovInvest Fund créé au Maroc sur le financement des start-up ainsi que la mise en place de réseaux d’investisseurs providentiels, d'accélérateurs, d'incubateurs, d'espaces de travail en collaboration et de fab-labs. De plus, avant et pendant la crise, les entrepreneurs de la région MENA ont démontré qu'ils pouvaient être innovants et audacieux pour répondre aux demandes changeantes. Ils ont montré qu'ils étaient prêts à être à la tête de l'accélération du commerce régional et sous-régional.

Faire participer toutes les voix au processus de réforme sera au cœur du renforcement de cette résilience dans la région afin de garantir que les réformes puissent s'implanter et s'épanouir. La participation des employeurs, des organisations de soutien aux entreprises, des syndicats, des OSC, des gouvernements et des représentants du secteur privé dans la conception et la mise en œuvre des réformes sera au cœur de cette future stratégie.

Le Programme MENA-OCDE pour la compétitivité, avec son Conseil consultatif MENA-OCDE des affaires, constituent une plate-forme appréciée pour le dialogue public-privé au profit de cet écosystème régional. Les acteurs privés, les associations professionnelles et les chambres de commerce jouent un rôle important pour soutenir la réponse à la crise et la reprise économique.

Vingt-cinq ans après le processus de Barcelone, et en regardant au-delà de la crise de COVID, le moment est venu de remettre les pendules à zéro dans la région MENA et de libérer le talent de ses citoyens et de ses entreprises afin de stimuler la reprise forte et inclusive dont la région a besoin.

Savoir en plus sur l’initiative Conférence Ministérielle MENA-OCDE 2021 en 1 Avril 2021

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Savoir en plus sur l'OCDE et la région MENA

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Hichem Elloumi

Co-Chair of the MENA-OECD Business Advisory Board; CEO, Coficab Group

Born on August 2nd, 1953, Hichem ELLOUMI is a married father of 3. He is the founder and CEO of Coficab Group and an impactful contributor in several national and international organizations. He holds an engineering degree from L’Ecole Polytechnique de Paris and l’Ecole Supérieure de l’Electricité (SUPELEC France). Hichem ELLOUMI joined ELLOUMI Group in 1977 where he held several strategic positions such as Leading Operations, Leading distribution and electrical contracting. In 1992 Hichem ELLOUMI founded COFICAB Tunisia, a company based in Tunis specialized in the manufacturing and sales of automotive electrical cables and wires. Since 1992, he is the CEO and Chairman of COFICAB Group, today a world Leader in the automotive wire and cable industry. From November 2006 until February 2013, he held the position of President of the National Federation of Electricity and Electronics. (FEDELEC). Since January 2013, he is the Vice President of UTICA (Tunisian Employers Organization). Hichem ELLOUMI is also the President of the Tunisian-Moroccan and Tunisian-Portuguese Business Councils. /// Né le 2 août 1953, Hichem ELLOUMI est marié et père de 3 enfants. Il est le fondateur et PDG du Groupe Coficab et un contributeur important dans plusieurs organisations nationales et internationales. Il est titulaire d’un diplôme d’ingénieur de l’École Polytechnique de Paris et de l’École Supérieure de l’Électricité (SUPELEC France). Hichem ELLOUMI a rejoint le Groupe ELLOUMI en 1977 où il a occupé plusieurs postes stratégiques tels que Leading Operations, Leading Distribution et Électricité. En 1992, Hichem ELLOUMI fonde COFICAB Tunisie, société basée à Tunis spécialisée dans la fabrication et la vente de câbles et fils électriques automobiles. Depuis 1992, il est PDG et Président du Groupe COFICAB, aujourd'hui leader mondial de l'industrie des fils et câbles automobiles. De novembre 2006 à février 2013, il a occupé le poste de président de la Fédération nationale de l'électricité et de l'électronique. (FEDELEC). Depuis janvier 2013, il est vice-président de l'UTICA (Union Tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat). Hichem ELLOUMI est également Président du Conseil Tunisien Marocain et du Conseil Tunisien Portugais des Entreprises.