Pourquoi les pouvoirs publics doivent investir dans la jeunesse dans le cadre de la reprise

Image bannière : Shutterstock/Sam Wordley

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. Cette série vise à favoriser un échange constructif de vues et d’expertises développées dans différents domaines afin de nous permettre de relever ensemble ce défi majeur. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE.

Afin de rester informés de l’ensemble des travaux de l’OCDE dans la lutte contre le COVID-19, visitez la plateforme de l’OCDE  dédiée.


Vingt-sept millions. Voilà le nombre de jeunes de 15 à 29 ans qui étaient à la recherche d’un emploi dans la zone OCDE au plus fort de la pandémie de COVID-19. Au second trimestre de 2020, le taux de chômage des jeunes s’y établissait à 17 %, soit près du double du niveau observé au dernier trimestre de 2019. Les jeunes ont subi de façon disproportionnée les répercussions de la crise sur le marché du travail : non seulement parce qu’ils ont été plus visés par les licenciements, mais aussi parce qu’ils ont eu plus de mal à trouver un emploi — souvent leur premier.

Cela dit, le contrecoup s’est fait ressentir bien au-delà de l’emploi. Livrés à l’insécurité financière et subissant une chute brutale de leurs revenus, nombre de jeunes n’ont eu d’autre choix que de sacrifier leur indépendance en regagnant le foyer familial. Le COVID-19 a aussi provoqué des remous dans l’enseignement, puisque les cours à distance sont rapidement devenus la norme dans l’ensemble de la zone OCDE : en moyenne, l’enseignement en présentiel dans le deuxième cycle du secondaire et dans le supérieur a été suspendu durant plus de deux mois en 2020.

Dans le cadre de l’édition 2020 de l’enquête « Des risques qui comptent », des jeunes de 18 à 29 ans issus de 25 pays de l’OCDE ont été sondés sur leurs préoccupations. Près de deux tiers des répondants ont mentionné les finances du ménage ainsi que le bien-être économique et social. Qui ne se laisse pas gagner par l’inquiétude face à une pandémie ? Les conséquences sur la santé mentale ont du reste été sévères : une forte hausse du niveau de symptomatologie anxieuse et dépressive a été observée chez les jeunes au début de la crise, et il reste élevé depuis lors.

Lire l'article : Une approche en quatre volets pour une reprise durable favorisant l’égalité des sexes par Elizabeth Hill, Rae Cooper & Frances Flanagan, The University of Sydney

Ces menaces immédiates s’ajoutent à des motifs d’inquiétude qui sont bien antérieurs à la pandémie. Ainsi, le risque d’être touché par la pauvreté se reporte de plus en plus des personnes âgées sur les jeunes ; les jeunes ont toujours plus de mal à trouver un emploi de qualité et un logement abordable ; l’accès à l’accompagnement psychologique et à la prise en charge des troubles de santé mentale était déjà loin d’être aisé avant la pandémie, ce qui se traduisait souvent par l’inscription sur de longues listes d’attente.

Rappelons que tous les jeunes ne sont pas touchés de la même façon. Si certains d’entre eux ne se souviendront de la crise que comme d’un creux passager, beaucoup d’autres peuvent subir ses conséquences toute leur vie, notamment en matière d’emploi, de santé et de bien-être. Or, ce sont justement celles et ceux qui étaient en proie aux pires difficultés avant la crise que les dix-huit derniers mois ont le plus éprouvés : les jeunes issus de milieux socio-économiques modestes ou peu qualifiés, les minorités, notamment les personnes migrantes et LGBTI+, ainsi que celles qui souffraient déjà de troubles psychologiques ou de maladies mentales.

Pour surmonter la crise, les jeunes ont dû faire preuve de flexibilité, d’inventivité et de résilience. S’il ne faut pas minimiser l’ampleur du défi, gageons qu’à condition d’être bien accompagnés, les jeunes pourront rebondir rapidement. La bonne nouvelle, c’est que dans les pays de l’OCDE, les pouvoirs publics ont pris des mesures sans précédent pour atténuer les retombées de la pandémie de COVID-19 sur l’emploi et le revenu des jeunes, bien au-delà de ce qui avait été fait pour répondre à la crise financière de 2008-2009.

Près de deux tiers des pays de l’OCDE ont ainsi mis en place un complément de revenu d’urgence destiné aux jeunes ou des aides à l’embauche pour inciter les employeurs à recruter des jeunes. De même, les dispositifs de maintien dans l’emploi, au travers desquels les employeurs bénéficient de crédits pour garder leurs salariés lors des périodes de faible demande, ont souvent été déployés pour les jeunes travailleurs. Enfin, conscients de l’intérêt qu’ils présentent pour le renforcement de la transition entre le milieu scolaire et le monde du travail, plus des trois quarts des pays de l’OCDE ont élargi leurs programmes d’apprentissage et d’emplois d’été.

Deux jeunes sur trois estiment que l’État devrait en faire davantage pour assurer leur sécurité économique et sociale ainsi que leur bien-être

Two in three young people think the government should be doing more to ensure economic and social security and well-being

Reste à savoir si ces aides ont été suffisantes. Les 18-29 ans sont deux sur trois à penser que l’État devrait en faire davantage pour assurer leur sécurité économique et sociale ainsi que leur bien-être Mais seul un jeune sur quatre est disposé à payer plus d’impôts pour bénéficier d’un meilleur soutien : un appel clair à une rationalisation des choix budgétaires de l’État.

Les pouvoirs publics doivent répondre à ces appels en donnant la priorité aux aides destinées à la jeunesse dans le cadre des mesures de relance. Il faudra, pour ce faire, qu’ils mettent en place des politiques déployées à l’échelle de l’ensemble de l’administration afin d’accompagner les jeunes tout au long de leur scolarité et dans leur transition vers l’emploi pour qu’ils puissent s’épanouir au travail. Mais il s’agira surtout de veiller à ce que les jeunes les plus durement touchés par la crise bénéficient d’un soutien adapté. Car investir dans la jeunesse profite également à nos sociétés et à nos économies dans leur ensemble : n’oublions pas qu’elle est notre avenir.

Par ailleurs, les jeunes expriment haut et fort leurs graves préoccupations concernant le changement climatique, la montée des inégalités, le rétrécissement du champ d’action de la société civile et les menaces qui pèsent sur les institutions démocratiques. Pour qu’ils se fassent entendre et puissent prendre part aux débats, l’OCDE a mis sur pied Youthwise, le premier Conseil consultatif pour les jeunes de l’Organisation. Pour l’heure, la jeunesse n’a cependant pas encore assez voix au chapitre en ce qui concerne les politiques visant à garantir la justice intergénérationnelle. Étant donné que les conséquences des décisions prises aujourd’hui pèseront sur les jeunes et les générations futures, c’est aux générations actuelles qu’il incombe de préserver l’avenir de nos sociétés, de nos économies et de l’environnement.

C’est pourquoi nous organisons une Semaine de la jeunesse de l’OCDE afin de trouver urgemment des solutions permettant d’investir dans la jeunesse au sortir de la crise du COVID-19. Les jeunes, qui seront au cœur de cette manifestation, pourront ainsi contribuer à façonner l’ossature d’un avenir meilleur. L’OCDE encourage ses membres à joindre leurs efforts à ceux d’autres parties prenantes et à ceux de la jeunesse afin de préparer une relance inclusive donnant aux jeunes toutes les chances de s’épanouir.

Découvrez le Plan d’action de l’OCDE pour les jeunes pour en savoir plus sur les moyens dont dispose l’action publique pour faire en sorte qu’aucun jeune ne soit laissé sur le carreau.

Lire les réponses de l’OCDE face au coronavirus (COVID-19) : Young people’s concerns during COVID-19: Results from risks that matter 2020 (en anglais)

Lire les réponses de l’OCDE face au coronavirus (COVID-19) : Young people’s concerns during COVID-19: Results from risks that matter 2020 (en anglais)

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Veerle Miranda & Shunta Takino

Senior Economist & Policy Analyst, Directorate for Employment, Labour and Social Affairs, OECD

Veerle Miranda is a Senior Economist in the Directorate for Employment, Labour and Social Affairs of the OECD. She leads the work on youth employment and social policy, and is the driving force behind the OECD Youth Action Plan. She and her team work closely together with governments of OECD member countries to improve their youth policies. Veerle joined the OECD in 2008 and has been working on a wide range of social, employment and education policy issues. Veerle Miranda is Belgian and holds a Ph.D. in Economics from the Catholic University of Leuven.

Shunta Takino is a policy analyst in the Directorate of Employment, Labour and Social Affairs at the OECD, and a member of the Young Associates Programme at the OECD from 2019 to 2021. His research at the OECD has focused on youth policy, mental health, and the interlinkages of health and work. He also served as the Head Delegate for the Japanese Delegation to the Youth 7 Summit 2021, the official G7 engagement group for young people.