Pour quelles raisons devrions-nous aligner la coopération pour le développement sur les objectifs climatiques et environnementaux ?

Le Comité d’aide au développement (CAD) a publié une Déclaration portant sur une nouvelle méthode visant à adapter la coopération pour le développement aux objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Image bannière: Shutterstock/Memories Over Mocha

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain.

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Alors que le monde peine à se relever de la crise du COVID-19, la crise climatique s'intensifie. Le changement climatique est le défi le plus important auquel nous sommes confrontés, et les populations du monde les plus vulnérables - celles qui contribuent le moins au changement climatique à l’échelle mondiale - sont déjà victimes de ses impacts les plus dévastateurs. Nous devons agir maintenant.

À l'approche de la COP26, l’accent est particulièrement mis sur les pays ayant des niveaux d’émissions élevés. Or, les pays les plus pauvres du monde, dont les populations sont souvent privées d’un accès fiable à l’électricité, ne doivent pas être exclus des débats. C’est pour cette raison que le Comité d’aide au développement (CAD) a publié une Déclaration portant sur une nouvelle méthode visant à adapter la coopération pour le développement aux objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Cette déclaration qui fait date est une étape importante pour l’avenir de la coopération pour le développement et pour le renforcement de sa contribution à la lutte contre les conséquences et les causes du changement climatique. Elle constitue un plan d'action tourné vers l’avenir. S’il n’a guère été difficile de définir en commun la vision exposée dans cette déclaration, nous devons désormais mener à bien nos engagements.

La liste ci-dessous répertorie quatre missions auxquelles nous, en tant que donneurs, devons nous atteler :

Premièrement, les besoins d'adaptation des pays en développement, en particulier des pays les moins avancés (PMA) et des petits États insulaires en développement (PEID), sont urgents et nécessitent une attention accrue. Les effets néfastes du changement climatique modifient déjà la vie et les moyens de subsistance des populations pauvres de ces pays. Les PEID sont en voie d’être submergés en raison de l’élévation du niveau de la mer. Dans de nombreux PMA, l'insécurité alimentaire est exacerbée par les famines, les inondations et l'incertitude climatique croissante. La rareté des ressources naturelles, en particulier de l’eau, alimente la concurrence et les conflits. La Banque mondiale estime que le changement climatique pourrait entraîner le déplacement interne de 216 millions de personnes d’ici 2050. Ce chiffre vient s'ajouter aux 100 millions de personnes, au moins, qui sont retombées dans la pauvreté à cause du COVID-19. La coopération pour le développement doit s'attaquer à ces défis en finançant davantage l’adaptation et en supprimant les obstacles au financement - au moyen de l’aide publique au développement (APD) et d'autres sources, afin de soutenir des modes de subsistance résilients au climat, d'investir dans la préparation et la capacité de résister aux catastrophes naturelles, et de favoriser une croissance verte diversifiée et inclusive.

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Deuxièmement, nous devons honorer nos engagements d’œuvrer pour la neutralité carbone, en aidant les pays partenaires à donner effet à leurs propres programmes en faveur de transitions justes et équitables. L’engagement de mettre fin à l’APD à l'appui de la production thermique d’électricité à partir de charbon à l’échelle internationale d'ici la fin de l’année, tel qu’énoncé dans la Déclaration, est un bon point de départ. Il est de notre pouvoir, et de notre devoir, d'aller plus loin en élaborant de nouvelles approches sur les moyens d’utiliser au mieux l’APD, en aidant les pays partenaires à parvenir à la neutralité en gaz à effet de serre et à tirer parti des technologies les plus récentes et de la baisse du coût des énergies renouvelables. Nous pouvons utiliser l’APD pour aider les pays à innover et à prendre des risques propres à transformer la vie et les moyens de subsistance des populations pauvres, en particulier de celles privées d’un accès fiable à l’électricité, et, lorsque cela est possible, à passer directement aux énergies renouvelables.

Troisièmement, nous ne pourrons tenir notre engagement commun de ne laisser personne de côté sans nous attaquer également au défi du changement climatique. Si les Objectifs de développement durable de 2015 reconnaissent cette réalité, nos efforts ne sont en 2021 toujours pas suffisants pour faire cadrer la coopération pour le développement avec l'adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets, alors même que cette situation aggrave la pauvreté et les inégalités. Nous devons ancrer la perspective climatique et environnementale dans l’ensemble de nos politiques et programmes. L’attention plus prononcée que nous portons au climat ne doit toutefois pas nous faire oublier l’objectif d’égalité entre femmes et hommes - il ne saurait y avoir de transition juste ou durable sans la participation des femmes et des filles. Pour qu’elles aient un impact optimal, nos interventions doivent respecter les principes d’efficacité du développement, à savoir être pilotées par les pays partenaires et axées sur les résultats (au regard du développement mais également du climat), garantir la transparence et la reddition de comptes, et reposer sur de véritables partenariats. La pertinence de ces principes s'applique tout autant à un financement climatique efficace qu’à une coopération performante pour le développement. Afin de démontrer notre sérieux, nous devons, en tant que donneurs, faire preuve de davantage de transparence concernant la notification de notre financement climatique, en particulier de l’APD.

Quatrièmement, nous devons mobiliser des ressources supplémentaires, au moins 100 milliards USD. L’APD à elle seule ne sera jamais suffisante ; nous devons voir au-delà de ces apports et encourager l'innovation et le financement du secteur privé afin d'aider les pays les plus pauvres à s'adapter, et de mener à bien une transition vers des énergies plus propres pour tous. Associée à des fonds privés, l’APD aura une efficacité accrue et agira là où le financement privé seul ne peut aller. Des financements plus élevés – soutenus par une réflexion innovante, la mise en commun des compétences et des technologies existantes et des marchés de l’énergie performants - aideront les pays en développement à mener à bien leur propre transition. L’occasion nous est donnée de montrer à quoi peut ressembler une croissance durable dans un monde en évolution rapide.

Ce n’est qu’en attirant l’attention sur les PMA et les PEID et en leur permettant de faire entendre leur voix lors de la COP26 - et au cours du petit nombre d'années qui nous séparent de 2030 - que le monde se donnera les moyens de résoudre la double crise de la pauvreté et du climat. Le temps nous est compté, mais la Déclaration du CAD de l’OCDE est une étape importante. L’occasion est désormais donnée au CAD de mettre l’intégralité de ses ressources au service de l'instauration d'un avenir plus durable pour les générations futures, partout sur la planète. C’est pour cette raison que nous devons aligner la coopération pour le développement sur les objectifs climatiques et environnementaux.

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Susanna Moorehead

Chair, OECD Development Assistance Committee, OECD

Susanna Moorehead was elected Chair of the OECD’s Development Assistance Committee (DAC) and took up her role in February 2019.

Before then, she was British Ambassador to Ethiopia and Djibouti and UK Permanent Representative to the African Union and the United Nations Economic Commission for Africa. Over a 30-year career in international diplomacy and development, Susanna has held senior executive, strategic, policy and operational roles—from the Board of the World Bank to famine relief in rural Africa.