Les petites entreprises… font les grandes reprises : la Semaine des MPME de l’OCDE

Comment les gouvernements peuvent-ils fournir les cadres commerciaux, les mesures incitatives et de soutien pour stimuler les nouvelles entreprises, tout en rendant les PME plus résistantes aux défis futurs? Image bannière : Shutterstock/esat sungur

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. 

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Partout dans le monde, les pays s’efforcent encore de parer à l’urgence économique et sociale provoquée par la pandémie. En prenant un peu de hauteur, l’édition 2021 de la Journée des micro-, petites et moyennes entreprises (MPME) – le 27 juin – offre une occasion de prendre conscience du rôle moteur des PME et des entrepreneurs à l’appui de la reprise.

Si les programmes publics de relance contribueront à faire décoller la croissance au cours de l’année prochaine, c’est le secteur privé – en particulier les entreprises viables, dynamiques, innovantes et ambitieuses – qui la pérennisera. Et pour la plupart, les entreprises en question seront des PME puisque dans les pays de l’OCDE, celles-ci représentent 99 % de l’ensemble des entreprises, entre 50 % et 60 % de la valeur ajoutée créée, et deux tiers des emplois. C’est pourquoi elles doivent être au cœur de nos plans de relance économique. En d’autres termes, cette reprise doit avant tout s’appuyer sur nos plus petits acteurs économiques.

Les PME et les entrepreneurs ont fait face à des difficultés considérables pendant toute la pandémie. Majoritaires dans les secteurs les plus exposés, comme la restauration et l’hébergement, ils ont souvent été contraints de fermer leurs portes. Et ceux qui étaient en mesure de poursuivre leurs activités ont subi de lourdes pertes : entre 55 % et 70 % des PME restées en activité entre mai et décembre 2020 ont vu leur chiffre d’affaires chuter – de plus de 40 % pour les deux tiers d’entre eux[1].

Les pouvoirs publics ont réagi avec courage et rapidité en déployant tout un arsenal de subventions salariales, aides financières, reports de paiements, prêts et garanties. Dans la plupart des pays de l’OCDE, entre 20 % et 40 % des PME ont reçu une aide publique sous une forme ou une autre en 2020[2]. Ces efforts ont permis d’éviter une vague de dépôts de bilan : en effet, le nombre de faillites d’entreprises en 2020 et début 2021 est inférieur à celui de 2019 dans la quasi-totalité des pays pour lesquels des données sont disponibles[3].

L’édition 2021 de nos Perspectives de l’OCDE sur les PME et l’entrepreneuriat a pour ambition d’aider les décideurs publics à reconstruire en mieux. Pour commencer, ceux-ci auront la lourde tâche de supprimer progressivement les mesures d’aide d’urgence tout en faisant en sorte que les entreprises ne sacrifient pas les investissements sur l’autel du remboursement de leur dette. Et l’enjeu est de taille, car selon les estimations de la Banque de France, la dette des PME a augmenté de plus de 20 % en 2020 pour atteindre 524 milliards EUR. Au Royaume-Uni, les PME ont vu leur endettement augmenter de 26 % en glissement annuel jusqu’en mars 2021.

Lire le rapport de l'OCDE (en anglais) : "Perspectives sur les PME et l'Entrepreneuriat 2021" pour en savoir plus sur les nouvelles preuves de l'impact de la crise et des réponses de politique publique sur les PME et les entrepreneurs

Read the report: "OECD SME and Entrepreneurship Outlook 2021" and find out more about new evidence on the impact of the crisis and policy responses on SMEs and entrepreneurs

Dès lors, il incombe aux pouvoirs publics de mettre en place des cadres, incitations et dispositifs d’aide propres à stimuler les nouvelles entreprises qui recèlent un potentiel non seulement de reprise, mais d’un véritable renouveau. Bon nombre de ces entreprises pourraient être dirigées par des entrepreneurs de la seconde chance — des entrepreneurs faillis qui cherchent à lancer de nouveaux projets — mais uniquement si les mesures adaptées sont en place pour leur permettre de rebondir après avoir liquidé leur entreprise. Les nouvelles entreprises peuvent relever les défis de manière innovante et réussir dans le nouvel environnement qui a émergé. Elles peuvent d’emblée avoir une vocation verte, numérique et mondiale. À cet égard, les nouvelles sont bonnes. Alors qu’au début de la pandémie la plupart des pays de l’OCDE ont vu s’effondrer les chiffres des créations d’entreprises, la tendance s’est déjà inversée. Au Japon et au Royaume-Uni par exemple, le nombre total de créations d’entreprises en 2020 était de 15 % à 20 % supérieur à celui de 2019. Seuls les pays du sud de l’Europe (Espagne, Italie, Portugal) et la Pologne ont connu une baisse globale des créations d’entreprises en 2020 par rapport à 2019.

Dans le même temps, la pandémie a montré combien il était nécessaire de renforcer la résilience des PME face aux défis à venir. La crise a jeté notamment une lumière crue sur ceux qui n’avaient pas encore adopté les outils numériques et les modèles d’activité qui se sont avérés nécessaires pour poursuivre les activités pendant les périodes de distanciation sociale. L’adoption de ces outils et modèles s’est considérablement accélérée puisque 50 % des PME ont intensifié leur recours au numérique pendant la pandémie. Notre initiative mondiale du numérique pour les PME nous a permis d’observer de nombreux exemples d’entreprises ayant utilisé ces outils pour offrir des produits et des services nouveaux. Pourtant, pour ces entreprises comme pour beaucoup d’autres, la transition numérique n’est pas achevée et il faut faire face à de nouvelles menaces sur le plan de la cybersécurité.

La pandémie a également mis au jour les entreprises tributaires des chaînes de valeur mondiales, sachant que celles-ci ont subi de fortes perturbations qui ont provoqué des pénuries de certains produits et intrants, notamment dans les secteurs très intégrés. Les petites entreprises ont été fortement touchées par les pénuries de produits et l’instabilité des prix, en particulier en Autriche, Belgique et Estonie, où les PME jouent un rôle déterminant dans les importations et exportations puisqu’elles représentent entre 47 % et 75 % de la valeur des échanges internationaux. À terme, bon nombre d’entreprises pourraient avoir du mal à retisser des liens avec leurs anciens partenaires commerciaux si ceux-ci ont entretemps noué d’autres alliances ou contrats. C’est pourquoi les pouvoirs publics sont nombreux à aider les PME à trouver de nouveaux marchés à l’étranger. Ainsi, l’Indonésie s’emploie à doper les exportations des PME à l’aide de foires commerciales virtuelles.

Pour ce qui est de l’avenir, on observe que bon nombre de PME ont ouvert la voie en matière de technologies vertes : alors que les petites entreprises sont à l’origine de 8 % des brevets déposés aux États-Unis, cette proportion grimpe à 14 % pour les brevets concernant des technologies vertes. D’autres toutefois n’ont pas encore amorcé la transition verte faute d’informations, d’incitations et de financement suffisants. Accélérer cette transition sera essentiel pour bâtir un modèle de croissance plus résilient et plus durable.

L’OCDE aide les pays à relever ces défis et, à l’occasion l’édition 2021 de la journée des MPME, vous invite à participer aux débats de la série de manifestations virtuelles qu’elle organise du 28 au 2 juillet.

Regardez l'événement en direct Lancement des Perspectives 2021 pour les PME et l'entrepreneuriat et abonnez-vous à la chaîne YouTube de l'OCDE pour ne rien manquer !

[1][2] Perspectives de l’OCDE sur les PME et l’entrepreneuriat 2021, sur la base de l’enquête Future of Business de la Banque mondiale, Facebook et l’OCDE.
[3] Perspectives de l’OCDE sur les PME et l’entrepreneuriat 2021, sur la base des indicateurs actualisés de l’entrepreneuriat (TEI).

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Lamia Kamal-Chaoui & Paul Schreyer

Director, Centre for Entrepreneurship, SMEs, Regions & Cities (CFE); Chief Statistician, Director, Statistics and Data Directorate, OECD

Lamia Kamal-Chaoui is the Director of the OECD Centre for Entrepreneurship, SMEs, Regions and Cities (CFE). She supports the Secretary-General in achieving the OECD’s mission to advance economic growth and social progress as well as contributing to other global agendas such as the G20, the Paris Agreement on Climate Change and the implementation of the SDGs. Ms Kamal-Chaoui has held several senior positions at the OECD since 1998 and was appointed Director of the CFE in 2016. She holds a Master’s Degree in Macroeconomics from the University of Paris Dauphine and a Master’s Degree in Foreign Languages and History from the University of Paris Diderot.

Paul Schreyer was nominated Chief Statistician of the OECD and Director of the Statistics and Data Directorate in 2020. He joined the Organisation in 1988 and held various positions in the (then) Directorates for Science Technology and Industry, Environment and Statistics. Before joining the OECD, he was a research fellow at the IFO Institute for Economic Research in Munich, Germany and Assistant Professor at the University of Innsbruck, Austria. Paul Schreyer holds a Ph.D. in economics.  His personal research areas include national accounts, the measurement of capital, productivity, welfare, non-market activities and prices. He is the author of several OECD Manuals and has a record of publications in international journals and books. In 2008-09, he was rapporteur in the Stiglitz-Sen-Fitoussi Commission on the Measurement of Economic Performance and Social Progress.