Le rôle de l’énergie nucléaire dans l’atténuation du changement climatique

Comment un mix énergétique incluant l’électronucléaire peut-il aider à la réalisation des objectifs liés au changement climatique? Image bannière: Shutterstock/pixinoo

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain.

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La lutte contre le changement climatique est l’un des plus grands défis mondiaux de notre temps. Pour réussir, nous ne devons pas seulement nous engager davantage, avec davantage de ressources : nous devons aussi faire preuve de créativité et de flexibilité afin d’examiner tout l’éventail des outils disponibles. L’énergie nucléaire est l’un de ces outils : elle a un rôle important à jouer dans la transition vers la neutralité carbone à l’horizon 2050.

L’électronucléaire fournit aujourd’hui, sans émission de dioxyde de carbone, un dixième du total de l’électricité produite dans le monde. Avec 444 réacteurs de puissance en fonctionnement dans 30 pays, l’énergie nucléaire est la première source d’électricité bas carbone dans les économies de l’OCDE et, à l’échelle de la planète, la deuxième après l’énergie hydraulique.

L’analyse conduite par l’AEN des plus de 90 trajectoires vers la neutralité carbone examinées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies montre que maintenir l’élévation de la température en dessous de 1.5 °C nécessite de tripler la puissance nucléaire installée, c’est-à-dire de la porter à 1 160 gigawatts d’ici à 2050. Or, notre trajectoire mondiale actuelle ne nous permettra pas d’atteindre cet objectif. Même avec la cinquantaine de réacteurs de puissance en construction dans le monde, et la centaine d’autres prévus, la puissance installée restera à peu près constante puisque les réacteurs les plus anciens sont mis à l’arrêt.

Le secteur nucléaire a pour avantage essentiel qu’il est bien établi, avec des technologies et des chaînes d’approvisionnement qui ont fait leurs preuves. L’énergie nucléaire permet déjà d’éviter 1.6 gigatonne d’émissions de dioxyde de carbone par an. Sous réserve de programmes de modernisation ou d’exploitation de longue durée des réacteurs existants, le secteur peut continuer sur cette lancée pendant les décennies à venir : il pourrait éviter jusqu’à 50 gigatonnes d’émissions cumulées de dioxyde de carbone entre 2020 et 2050. 

Il existe également des opportunités importantes de construire de nouveaux réacteurs de puissance à grande échelle, qui pourraient éviter 23 gigatonnes d’émissions entre 2020 et 2050 en remplaçant des moyens de production d’électricité d’origine fossile. Il s’agirait notamment de remplacer les centrales à charbon qui, même si elles comptent parmi les plus grosses sources d’émissions de dioxyde de carbone, sont très répandues dans les pays en développement, où il est prévu que la demande d’énergie augmente rapidement à mesure que davantage de parties de l’économie seront raccordées au réseau. À l’heure actuelle, les pays non membres de l’OCDE que sont la Chine et l’Inde totalisent la majeure partie de ces nouveaux projets.

Placée au cœur des stratégies mondiales de décarbonation, l’énergie nucléaire permettrait aussi des économies financières : réaliser les objectifs de l’Accord de Paris sans le nucléaire coûterait à la planète 1 600 milliards USD de plus, selon des estimations de l’Agence internationale de l’énergie.

Mais le secteur nucléaire peut jouer un rôle plus large encore. À mesure que les pays augmenteront leur puissance installée décarbonée, en déployant des centrales éoliennes et solaires notamment, l’électronucléaire pourra constituer une source d’électricité en base qui soutient les renouvelables et garantit un approvisionnement en électricité constant, fiable et appelable. Les pannes de courant généralisées ou les brusques augmentations des prix de l’énergie dont certains pays ont récemment fait l’expérience nous rappellent combien cet aspect est important. Dans les pays ayant choisi de fermer leurs installations nucléaires, les pouvoirs publics ont dû se résoudre à remettre en service des centrales alimentées aux combustibles fossiles – y compris le charbon – pour assurer un approvisionnement constant en électricité, ce qui constitue un retour en arrière dans la lutte contre les émissions de carbone et la pollution.

Dans le même temps, une vague d’innovations à court terme dans les petits réacteurs modulaires ouvre la voie à de nouvelles applications de l’énergie nucléaire et à des possibilités d’avancer plus loin sur la voie d’une économie mondiale neutre en carbone. Ces petits réacteurs modulaires, dont le premier modèle sera commercialisé au cours des prochaines années, pourraient éviter 15 gigatonnes d’émissions entre 2020 et 2050. Raccordés au réseau ou utilisés hors réseau, ils pourraient alimenter des unités de désalinisation, fournir de la chaleur bas carbone aux industries lourdes, par exemple le secteur de l’acier ou d’autres secteurs difficiles à décarboner, et produire de l’hydrogène et d’autres carburants de synthèse pour favoriser la décarbonation du secteur des transports.

Pour réussir, nous avons besoin de cadres réglementaires qui favorisent l’innovation. Les pouvoirs publics devraient également investir pour accélérer le déploiement de l’énergie nucléaire et encourager les investisseurs privés à faire de même en incluant l’énergie nucléaire dans le périmètre du financement climatique et du développement, c’est-à-dire en la faisant figurer parmi les sources durables sur le plan environnemental et dans les cadres de financement ESG.

La COP 26 est un jalon important vers la neutralité carbone. À l’occasion de nombreuses manifestations internationales, la politique l’emporte sur la science et l’énergie nucléaire ne fait pas partie des thématiques abordées, ce qui crée des lacunes dans le champ de la discussion. Cette dynamique est très problématique. L’énergie nucléaire doit se trouver, aux côtés des autres solutions envisageables, sur la table des débats concernant la transition énergétique pour que le dialogue autour de l’action publique conserve son intégrité. Si les responsables de l’élaboration des politiques peuvent être amenés, sur la base de valeurs différentes, à prendre des décisions différentes s’agissant du rôle du nucléaire dans le contexte national qui les préoccupe, les analyses et les évaluations qui contribuent à nourrir leur réflexion doivent être complètes et fondées sur des données probantes, de sorte que les arbitrages complexes entre les solutions possibles soient précisément compris.

Il importe que les négociations de la COP 26 soient inclusives et franches quant à l’impératif de faire appel à toutes les sources d’énergie décarbonées disponibles pour relever le grand défi de notre temps.

Inscrivez-vous au Pavillon virtuel de l’OCDE pour la COP 26 

Lire le document de politique générale de l'Agence pour l'énergie nucléaire: System Costs of Electricity

Read the NEA Policy Brief: System Costs of Electricity

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William D. Magwood

Director-General, Nuclear Energy Agency

Mr Magwood took up his duties as Director-General of the Nuclear Energy Agency (NEA) on 1 September 2014. He has extensive experience in both the regulatory and developmental aspects 
of nuclear energy, including at the international level.
From 2010 to 2014, he served as one of the five Commissioners appointed by the US President and confirmed by the US Senate to the US Nuclear Regulatory Commission (NRC). While a commissioner, he advocated the importance of nuclear regulatory independence and the necessity of maintaining strong, credible and technically sound nuclear regulation in the United States and all countries that use nuclear power.

Prior to his appointment at the NRC, from 2005 to 2010 he provided independent strategic and policy advice to US and international clients on energy, environment, education, and technology policy issues. From 1998 to 2005, Mr Magwood was Director of the US Government’s civilian nuclear energy programme at the US Department of Energy (DOE). During his tenure, he established the Idaho National Laboratory; created activities that reversed the decline of US nuclear technology 
education; and launched important initiatives such as the Generation IV International Forum (GIF) and the US “Nuclear Power 2010,” which helped restart nuclear plant construction in the United States. He was also actively involved in the work of the NEA, serving as a Steering Committee 
Bureau member from 1999 to 2005, including a term as Chair of the Steering Committee from 2004 to 2005.

Prior to his experience at the DOE, Mr Magwood managed electric utility research and nuclear policy programmes at the Edison Electric Institute in Washington, DC, and was a scientist at Westinghouse Electric Corporation in Pittsburgh, Pennsylvania. Mr Magwood, a US national, holds Bachelor degrees in Physics and English from Carnegie Mellon University and a Master of Fine Arts from the University of Pittsburgh.