Le numérique: une ressource de première nécessité face à la crise de COVID-19 et au-delà

Image bannière : Emmaüs Connect

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. Cette série vise à favoriser un échange constructif de vues et d’expertises développées dans différents domaines afin de nous permettre de relever ensemble ce défi majeur. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE.

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OCDE Lutte contre le coronavirus (COVID‑19) Pour un effort mondial

Si la fracture numérique est antérieure à la pandémie du COVID-19, cette dernière a néanmoins mis en lumière son importance, et souligné l’impérieuse nécessité d’y remédier. Depuis quelques années, la dématérialisation des services publics s’accélère dans un grand nombre de pays. En France, par exemple, des services aussi divers que la prime d’activité, l’inscription à Pôle Emploi, les déclarations de revenus en ligne, les services de santé, les livrets scolaires nécessitent tous aujourd’hui un accès au numérique. Toutefois, la vision d’une administration dématérialisée soulève une question essentielle : comment pouvons-nous demander aux personnes de passer par le numérique pour accéder aux services de l’État sans leur en garantir l’accès, sans en faire un droit ?

Nous consultons notre smartphone 221 fois par jour en moyenne. Il remplace à lui seul le postier, le kiosquier, le banquier, la radio, l’agent immobilier. Cet écran est devenu indispensable pour écrire à nos proches, pour nous informer, pour faire un virement ou trouver un emploi. Pourrait-on faire autrement ? Non. Ce passage du guichet à l’écran n’est plus un choix. Un à un, les services privés et publics se sont dématérialisés à marche forcée au point que vivre sans équipement numérique, tout en gardant les deux pieds dans la société, est devenu impossible.

L’opinion publique a eu tendance à sous-estimer le phénomène jusqu’à aujourd’hui. Pourtant, 1 personne sur 2 en France manque d’au moins une compétence numérique de base (communication, recherche d’informations, logiciels type traitement de texte, résolution de problèmes). 17% des Français sont en situation d’illectronisme, c’est-à-dire dans l’incapacité d’utiliser le numérique pour leur vie courante. Derrière cette forme d'illettrisme des temps modernes, il n’y a pas de profil type mais une corrélation forte avec le niveau de revenu, d’éducation et l'âge (INSEE 2019).

L'épidemie de coronavirus COVID-19: un catalyseur vers l'acte II de la mondialisation? par Bertrand Badie, Professeur émérite, Sciences Po Paris

L'épidemie de coronavirus COVID-19: un catalyseur vers l'acte II de la mondialisation? par Bertrand Badie, Professeur émérite, Sciences Po Paris

Des associations comme Solinum ou Entourage ont mis en évidence ce décalage de perception en révélant que 70% des sans-abris avaient un smartphone mais que, bien souvent, les passants s’en étonnaient, considérant qu’un smartphone était un “plus”, voire un luxe. En réalité, entre se payer une chambre pour la nuit ou une recharge de crédit internet, le choix des personnes isolées est simple tant le numérique conditionne aujourd’hui l’accès à des services essentiels.

La crise actuelle semble changer la donne. Le confinement sanitaire a mis en lumière la gravité du confinement numérique, qui a plongé au moins 8 millions de Français dans la solitude la plus complète presque deux mois. Il y a ceux qui peuvent s’informer, accéder aux services de téléconsultation médicale, parler à leur proches, se divertir en ligne, télé-travailler... et les autres. Il y a les enfants qui peuvent poursuivre leur scolarité… et les autres. Nous sommes face à une véritable fracture sociale.

Depuis quelques années les pouvoirs publics en France ont pris conscience de l’enjeu : cette transition ne peut pas se faire sans accompagnement. Des efforts sont engagés pour encourager la mise en place de services d’assistance ou de formation sur les compétences numériques de base. Mais ce n’est pas suffisant. Qu’en est-il de l’accès à la connexion ou à l’équipement ? Comment permettre aux personnes éloignées du numérique d’aller vers l’autonomie et d’accéder aux mêmes chances ?

Le confinement révèle à la fois le gouffre numérique et une puissante solidarité citoyenne.

Comment les enseignants et les systèmes scolaires peuvent-ils faire face à la pandémie de COVID-19 ? Quelques enseignements tirés de TALIS par Andreas Schleicher, Director, Education and Skills, OECD

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Dès l’annonce du confinement en France, les associations se sont organisées pour fournir les biens de première nécessité aux personnes dans le besoin : accès au logement, à la nourriture, aux soins et au numérique. L’urgence s’est tout de suite faite sentir et les associations se sont organisées en réseau. Les problématiques et les solutions de chacun ont été mises bout à bout pour proposer des réponses coordonnées et éviter la démultiplication des initiatives. Les barrières opérationnelles, de financements, de processus et de périmètres ont été mises de côté. Le mot d’ordre a été le passage à l’action rapide. Les citoyens se sont mobilisés massivement pour aider dans tous les domaines. Les barrières à l’engagement sont tombées.

Au début du confinement, Emmaüs Connect a dû fermer ses points d’accueil au public. Notre association a donc mis en place un plan de connexion d’urgence. En plus d’équiper 5 000 de nos bénéficiaires habituels en connexion, nous avons fait remonter les besoins de 600 structures pour cibler deux publics prioritaires : les personnes en situation de grande précarité (migrants, personnes isolées, etc.) et les jeunes issus de familles en difficulté coupés de leur scolarité. En tout, plus de 25 000 personnes sont accompagnées via ce dispositif.

Lisez la Déclaration commune du Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)

Le combat pour l’inclusion numérique n’est pas un sprint, c’est un marathon qui nécessite un maillage considérable au sein de la société. Si nous savons que l’aidant numérique numéro 1 est la famille, on en connaît aussi ses limites. Accompagner des personnes éloignées du numérique demande du temps, de l’empathie, des outils et une pédagogie appropriée.

Notre vision de “l’après” est celle d’un réseau d’aidants numériques bénévoles et professionnels, outillés pour accompagner les personnes au plus près de leurs lieux de vie ou d’accompagnement. Nous visons une société numérique responsable et solidaire, dans laquelle les entreprises et les pouvoirs publics se mobilisent pour donner une seconde vie aux équipements électroniques afin d’outiller les plus démunis, tout en créant de l’emploi et en réduisant leur impact carbone.

Alors que la pandémie accélère le basculement d’une part toujours croissante de nos activités et des services publics vers la sphère numérique, il n’est pas acceptable que les plus démunis soient privés d’une sociabilité, de leurs droits sociaux, de l’accès aux services essentiels, de leur droit d’expression citoyens. Les plus éloignés ne peuvent pas être écartés du débat. C'est précisément au cœur du mandat de la sphère politique et de la société civile d’œuvrer dans l’intérêt des plus fragiles.

L’urgence, apparente à tous aujourd’hui, existait hier, et demeurera demain sans action résolue. Elle nous concerne tous.

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Marie Cohen-Skalli

Director, Emmaüs Connect

Depuis 2013, Emmaüs Connect lutte contre l’exclusion numérique des plus fragiles dans 13 territoires français. Notre association, en collaboration avec des acteurs sociaux, de réseaux associatifs et des collectivités locales, a redonné le pouvoir d’agir à plus de 40 000 personnes en difficulté grâce à une équipe de 30 salariés épaulée par plus de 500 services civiques et bénévoles actifs. Nous agissons sur les 3 dimensions de l’exclusion numérique : l’accès à la connexion, à l'équipement et à l’accompagnement sur les compétences numériques de base.

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