La voie de la reprise : le moment est venu pour la région MENA

Enfants dans les rues de la ville bleue de Chefchaouen Maroc, 20 octobre 2020. Image bannière: Shutterstock/Joli L

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs  du monde entier et de tout secteur de la société  qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain.

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Alors qu’une année vient de s’écouler depuis le début de la pandémie mondiale de COVID-19, les gouvernements du monde entier mènent des batailles sur plusieurs fronts à la fois. D'une part, ils agissent de manière décisive pour protéger la vie et les moyens de subsistance de leurs citoyens tout en aidant leur économie à surmonter l'une des pires crises de l'ère moderne. D’autre part, les gouvernements doivent, dans le même temps, voir plus loin et planifier la reprise, ce qui exige une véritable évaluation des lacunes passées et la volonté politique de les corriger afin de mieux reconstruire.

La région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MENA) est elle aussi confrontée à ce double défi et a fait preuve d'une forte résilience dans de nombreux domaines.  Elle a réussi à relativement bien contenir la propagation du virus par rapport à d'autres régions du monde. Elle a également été active dans la mise en place de la vaccination, bien que de manière inégale à travers la région. Malgré la baisse de la demande de pétrole et les perturbations des échanges qui ont réduit ses performances économiques, les premières données suggèrent que la crise a eu des effets positifs inattendus dans d'autres domaines, notamment en stimulant la numérisation. En Jordanie, par exemple, 80 % des entreprises ont l'intention de changer de modèle économique après la crise, parmi lesquelles 56 % prévoient d'intensifier leur numérisation.[1]

Dans le même temps, la crise a exacerbé les fragilités existantes dans la région, frappant le plus durement les plus vulnérables, notamment les femmes et les jeunes. Déjà avant la crise, l'Enquête de l'OCDE sur la Gouvernance des Jeunes a montré que la jeunesse de la région exprimait souvent un plus grand désintérêt pour la politique et une moindre confiance dans leur gouvernement que leurs parents.[2] Seuls 32 % des jeunes de la région ont exprimé leur confiance envers leur gouvernement, et la pression exercée sur les gouvernements afin qu'ils répondent à leurs besoins et à leurs requêtes n'a fait qu'augmenter depuis. En outre, la pandémie a conduit 8,3 millions de personnes supplémentaires de la région à tomber dans la pauvreté.[3] On estime que la région devra créer 30 millions d'emplois au cours de la prochaine décennie afin de contrer les effets de la pandémie.[4]

"Saisir les opportunités : les investissements doivent conduire la région MENA vers la reprise" par Ali Kooli, Minister of Economy, Republic of Tunisia

"Saisir les opportunités : les investissements doivent conduire la région MENA vers la reprise" par Ali Kooli, Minister of Economy, Republic of Tunisia

Aujourd'hui, alors que la région MENA envisage de sortir de la crise, elle doit concentrer ses efforts sur deux priorités essentielles : investir dans l'avenir et investir dans sa population. Alors que les gouvernements élaborent leurs plans de relance, ils doivent en faire usage en tant qu’outils de transformation économique et sociétale. Investir aujourd'hui dans le numérique, les compétences, l'écologisation et réduire le déficit en infrastructures s’avèrera rentable demain, dans les économies les plus dynamiques de la région MENA. Construire une base fiscale plus solide afin d’offrir une protection sociale et des services publics de qualité, réduire l'informalité et garantir que les hommes et les femmes aient accès aux mêmes opportunités sont autant de réformes fondamentales sur lesquelles la reprise doit s'appuyer.

De plus, afin de garantir que les économies MENA puissent générer des emplois de qualité pour les jeunes de plus en plus éduqués dans un monde post-COVID, il faudra également s'attaquer aux problèmes structurels sous-jacents. Par exemple, la part régionale d'adultes qui créent une entreprise ou qui possèdent une nouvelle entreprise y est de 10,8 %, contre 19,5 % en Amérique latine et 22,7 % en Afrique.[5] Cela souligne l'importance de créer des conditions de concurrence équitables entre les entreprises privées et publiques, de rendre les marchés publics plus transparents, d'ouvrir des cadres pour les échanges et les investissements afin de construire des chaînes de valeur régionales, de combler le déficit de compétences et de promouvoir l'entrepreneuriat.

En outre, les indicateurs montrent que les pays de la région MENA continuent de faire face à des difficultés liées à l'efficacité gouvernementale, la qualité de la réglementation, le contrôle de la corruption et l'État de droit. Dans le domaine « voix et responsabilité », la région MENA a été la moins bien classée au monde au cours de la dernière décennie.[6] Une reprise juste et inclusive pour tous nécessite d'intensifier les efforts de bonne gouvernance dans la région. En proposant de meilleures politiques pour une vie meilleure avec des richesses partagées et des avantages pour tous, les gouvernements de la région MENA doivent répondre aux demandes des citoyens et reconstruire une relation de confiance avec eux.

Pour en savoir plus, lire le rapport Gouvernance d'enterprise dans la région MENA. Cadre d'action pour la compétitivité et la croissance

Pour en savoir plus, lire le rapport Gouvernance d'enterprise dans la région MENA. Cadre d'action pour la compétitivité et la croissance

L'OCDE a eu le grand honneur de travailler avec la région pendant près de deux décennies pour soutenir ces deux objectifs, et je suis fier de pouvoir dire que les progrès ont été palpables.

En 2007, je me suis présenté devant un public de 3000 représentants de gouvernements, du monde des affaires et de la société civile qui s'étaient rendus au Caire pour la deuxième Conférence ministérielle de l'Initiative MENA-OCDE pour la Gouvernance et la Compétitivité à l’appui du Développement. Lors de cette réunion historique, les ministres de la région MENA ont demandé à l'OCDE d’entreprendre des examens effectués par les pairs de la région, de fournir une analyse politique ciblée sur un large éventail de difficultés clés et d’œuvrer afin d’inclure les économies de la région MENA dans les bases de données et les bilans de l'OCDE. Lors de la Conférence ministérielle MENA de 2009 à Marrakech, nous avons franchi une étape importante dans le soutien de l'égalité des sexes dans la région en lançant le Forum MENA-OCDE pour l'autonomisation économique des femmes et la plate-forme MENA-OCDE sur l'Intégration de la dimension de genre[7]. Enfin et surtout, j'ai eu le privilège d'ouvrir notre Conférence ministérielle de 2016 avec les lauréats tunisiens du prix Nobel de la paix qui ont soutenu la transition démocratique dans leur pays. Ensemble, nous avons partagé notre vision concernant la jeunesse de la région MENA, en lançant la Conférence régionale sur la gouvernance des jeunes.

Par le biais de nos Programmes pour la gouvernance et la compétitivité, nous avons aidé les gouvernements de la région MENA à mettre en œuvre des cadres de gouvernance pour décider, dépenser et s'engager de meilleure façon, redéfinir leurs cadres d'investissement, améliorer les politiques de gouvernance d'entreprise, lutter contre la corruption, renforcer l'État de droit et soutenir le développement des PME. Nous avons également eu un impact réel sur la promotion de la parité hommes-femmes, de cadres juridiques plus inclusifs et de l'autonomisation des jeunes.

Le moment est venu pour la région MENA de se servir de sa sortie de crise comme d’un levier pour surmonter les obstacles et les défis structurels restants et garantir que la reprise dans le monde post-COVID-19 offre la prospérité et l'inclusion que les citoyens exigent. Grâce aux vastes ressources humaines et naturelles de la région, son dynamisme et son esprit positif, il ne fait aucun doute qu’elle y parviendra. L'OCDE est prête à travailler aux côtés de ses précieux partenaires de la région MENA pour les soutenir dans cet effort. Nous attendons avec impatience le dialogue lors de la prochaine et cinquième Conférence ministérielle de l'Initiative MENA-OCDE le 1er avril pour élaborer ensemble la voie vers la reprise.

Savoir en plus sur l’initiative Conférence Ministérielle MENA-OCDE 2021 qui a eu lieu le 1 Avril 2021

Savoir en plus sur l’initiative Conférence Ministérielle MENA-OCDE 2021 en 1 Avril 2021

[1] Ipsos (2020), “Assessment of the impact of Covid-19 crisis on SMEs – Identifying measures needed to ensure business continuity”, C19 Impact series – SMEs Edition, Mai 2020.
[2] OCDE (2018), Seven Key Findings from the Youth Governance Survey, Paris, http://www.oecd.org/mena/governance/seven-key-findings-from-the-youth-governance-survey.pdf
[3] https://www.unescwa.org/sites/www.unescwa.org/files/en_20-00119_covid-19_poverty.pdf
[4]https://english.ahram.org.eg/NewsContent/3/12/404350/Business/Economy/MENA-needs-up-to--mln-new-job-opportunities-over-n.aspx
[5] Global Entrepreneurship Monitor
[6] Indicateurs mondiaux de la gouvernance, 2019
[7] Initialement appelé Forum des femmes entrepreneurs MENA-OCDE, le mandat du groupe a été élargi en 2017 et le nom a été changé en Forum MENA-OCDE pour l'autonomisation économique des femmes et Groupe de réflexion sur le genre du Programme MENA-OCDE pour la gouvernance.

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Angel Gurría

Secretary-General, OECD

As Secretary-General of the Organisation of Economic Co-operation and Development (OECD) since 2006, Angel Gurría has firmly established the Organisation as a pillar of the global economic governance architecture including the G7, G20 and APEC, and a reference point in the design and implementation of better policies for better lives. He has broadened OECD’s membership with the accession of Chile, Estonia, Israel, Latvia and Slovenia, and has made the Organisation more inclusive by strengthening its links with key emerging economies. Under his watch, the OECD is leading the effort to reform the international tax system, and to improve governance frameworks in anti-corruption and other fields. He has also heralded a new growth narrative that promotes the well-being of people, including women, gender and youth, and has scaled up the OECD contribution to the global agenda, including the Paris Agreement on Climate Change and the adoption of the Sustainable Development Goals.