La réponse à l’urgence climatique est notre chance d’imaginer un monde nouveau

Surmonter la catastrophe climatique suppose de remodeler la société. Les jeunes générations s’interrogent : quel monde d’après voulons-nous? Image bannière: Shutterstock/Diego SU Fotografia

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. Cette série vise à favoriser un échange constructif de vues et d’expertises développées dans différents domaines afin de nous permettre de relever ensemble ce défi majeur. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE.

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La crise climatique est là. Lorsque j’ai commencé à écrire ces lignes, Athènes, berceau de la démocratie, était menacée par les flammes.

Des incendies ont aussi fait rage tout l’été aux États-Unis, en Turquie et en Algérie. Pendant ce temps, l’Allemagne, la Belgique et la Chine ont subi des inondations dévastatrices. Juillet 2021 a été le mois le plus chaud jamais enregistré. Ces événements menacent de devenir la norme.

En août, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations Unies (GIEC) a publié une partie de son sixième rapport d’évaluation, dans laquelle il met en garde contre des changements rapides qui vont en s’intensifiant et touchent toutes les régions de la planète et l’ensemble du système climatique. L’atmosphère terrestre concentre plus de dioxyde de carbone qu’à aucun moment depuis deux millions d’années. Les activités humaines ont incontestablement réchauffé la planète.

Étant donné l’inertie qui caractérise l’humanité, il est déjà trop tard pour empêcher l’intensification de ce réchauffement au cours des trois prochaines décennies. À moins de « réductions immédiates, rapides et massives » des émissions, sa limitation aux alentours de 1.5 °C, ou même à 2 °C, sera hors de portée. Or, même si on parvenait à contenir l’élévation des températures à 1.5 °C, on n’échapperait pas à des vagues de chaleur mortelles, des sécheresses de grande envergure, des précipitations erratiques et des extinctions d’espèces. Aucune ville, aucun continent, aucune région ne seront épargnés.

Comme l’a déclaré fort justement António Guterres, le Secrétaire général des Nations Unies, le rapport du GIEC est un « code rouge pour l’humanité » et doit « sonner le glas du charbon et des combustibles fossiles, avant qu’ils ne détruisent notre planète ».

C’est dans ce contexte terrible que les dirigeants de la planète s’apprêtent à se réunir à Glasgow pour le sommet sur le climat, la COP26, et que l’on s’interroge inévitablement sur ce qu’ils devront faire.

À mon sens, et beaucoup d’autres jeunes seront de mon avis, ils doivent s’engager à rien de moins que réorganiser radicalement notre monde.

L'incendie de Dixie, en Californie, en juillet 2021, a brûlé plus de 180 000 hectares.

Les jeunes générations aspirent profondément à des politiques sérieuses et ambitieuses face au changement climatique. Après tout, nous sommes sensibilisés à la menace existentielle que pose le dérèglement climatique depuis que nous sommes nés. Pas moins de 27 ans avant ma propre naissance, par exemple, des compagnies pétrolières connaissaient déjà les risques environnementaux de leurs activités et avaient entrepris de les occulter.

Chez les jeunes, la détermination à lutter contre le dérèglement climatique va de pair avec l’aspiration à un monde plus équitable. Eux-mêmes sont souvent aux prises avec un système économique biaisé qui aurait besoin d’être transformé radicalement. La pénurie d’emplois assurés et bien rémunérés, la flambée des prix des logements, l’iniquité de la fiscalité et la marchandisation croissante de l’éducation et des soins de santé, voilà autant de symptômes d’un système qui rime de plus en plus avec recul des opportunités et régression du niveau de vie. La hausse des taux de pauvreté en témoigne, beaucoup de personnes peinent à s’en sortir. Dans 35 des économies les plus avancées, la part des revenus du travail dans le revenu total a baissé, passant en moyenne de 54 % en 1980 à 50.5 % en 2014. Malgré les engagements de stopper le creusement des inégalités de patrimoine et de revenu entendus après la crise financière mondiale, notre monde est toujours divisé entre les nantis et les démunis.

L’urgence climatique est clairement un défi, mais c’est aussi l’occasion de bâtir un monde plus juste.

Sa gravité impose des mesures sans précédent. Tous les pays de la planète doivent décarboner leur économie aussi rapidement qu’humainement possible. Il en va de l’avenir de l’humanité.  « Si nous ne cessons pas nos émissions au plus vite, le climat futur risque de transformer la Terre en enfer », note Tim Palmer, professeur à l’Université d’Oxford. Quelles sont les implications concrètes ? Des bouleversements considérables. Fermeture des filières fossiles et transition rapide vers les énergies vertes. Taxation et tarification du carbone. Interdiction des véhicules gros consommateurs de carburants fossiles. Limitation des voyages en avion. Reboisement d’urgence. Technologies plus sobres. Notre système économique actuel – avec sa quête effrénée du profit au détriment de tout le reste – pourrait bien être incompatible avec un monde vert.

Lire l'article: Profit ou Pauvreté? L'impératif démocratique de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène pour tous (en anglais), par Pedro Arrojo-Agudo, Rapporteur spécial sur les droits de l'homme à l'eau potable et à l'assainissement, Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme

Tous les changements nécessaires pour répondre à l’urgence climatique ne sont pas forcément négatifs. L’action face à la crise climatique peut être un moyen de remodeler nos sociétés pour les rendre plus égalitaires. Après la Seconde Guerre mondiale, les sociétés partout dans le monde ont décidé qu’il fallait éviter à tout prix un nouveau chaos social et économique comme celui de la Grande dépression. L’accès universel aux soins de santé et au logement, des emplois assurés et bien rémunérés et un filet de protection sociale généreux, telles étaient alors les promesses du contrat social. Nous avons besoin d’un nouveau contrat social. L’emploi, le logement, les soins de santé et l’éducation sont des droits de la personne. Dans le monde d’après la catastrophe climatique pour lequel nous nous battons, cela devra être admis.

Les politiques ambitieuses comme le nouveau pacte vert ouvrent la voie à un monde plus respectueux de l’environnement et plus juste. Le but est de décarboner l’économie en deux temps : fermer progressivement les filières fossiles et mettre en place une garantie d’emploi vert pour qu’aucun travailleur ne soit laissé pour compte. C’est aussi l’ambition du projet Transicion Justa en Espagne, qui s’emploie à reclasser les anciens mineurs en dehors d’un secteur des énergies fossiles dont la disparition s’accélère. Jusqu’à 350 000 emplois seront créés dans ce cadre dans les dix ans à venir. Beaucoup d’autres politiques de transformation devront être adoptées pour surmonter la catastrophe climatique. Le tableau terrifiant brossé par le rapport du GIEC montre que nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre.

La dernière centrale électrique au charbon d'Espagne passe à l'énergie verte de l'hydrogène. 

Le monde fera indéniablement face à des choix difficiles à Glasgow. Il ne devra y avoir aucun sujet tabou à la COP26, j’en suis convaincu, et les participants devront s’engager sur des politiques de transformation concrètes et ambitieuses pour sauver l’espèce humaine. 

Au-delà, le monde que nous appelons de nos vœux devra être non seulement plus vert, mais aussi plus équitable.

Lire l'article: Un point de rupture avec le passé : Pourquoi les jeunes doivent façonner un avenir durable (en anglais), par Alberta Pelino, Y20 Italy

Découvrez Youthwise, une initiative de l'OCDE qui fait entendre la voix des jeunes dans les discussions sur les politiques clés (en anglais).

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Jack Garton

Member, OECD Youthwise

Jack is an Australian trade unionist, law student and member of the OECD's Youthwise youth advisory board.