Francophonie 2022 : D’un monde à l’autre

La francophonie, c’est aujourd’hui 88 pays qui sont reliés par ces liens qui permettent la compréhension, la circulation des connaissances et des échanges. Image bannière : © Tahar Ben Jelloun, reproduit ici avec son aimable autorisation
Francophonie 2022 : D’un monde à l’autre
Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. Cette série vise à favoriser un échange constructif de vues et d’expertises développées dans différents domaines afin de nous permettre de relever ensemble ce défi majeur. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE.

Le 8 mars avait lieu au restaurant du Sénat un dîner-débat autour du « vivre ensemble en paix » et de la francophonie. Ce thème, prévu de longue date par le Cercle Richelieu-Senghor, association partenaire de la francophonie, se révéla d’une brutale actualité. Pour en parler était présent le Cheikh Khaled Bentounes, qui est l'initiateur de la Journée Internationale du Vivre Ensemble en Paix, le 16 mai, adoptée le 8 décembre 2017 par l'Assemblée générale de l'ONU, à l’unanimité des 193 pays. Comme l’a exprimé en 2021 Audrey Azoulay, la Directrice générale de l'UNESCO, « cette journée nous rappelle tout le travail qui reste à mener pour préserver la paix, qui n’est jamais un acquis, et toujours à construire. »

Ce soir-là, le Cheikh Khaled Bentounes tient les participants au dîner-débat en haleine. Il s’exprime en homme de paix, avec profondeur et grâce, avec inspiration. Autour de moi, des francophones de multiples pays (Burkina Faso, France, Liban, États-Unis, Vénézuela…) réagissent. Des actions d’aide à l’Ukraine s’organisent. Et le français résonne de mille intonations changeantes et mélodieuses : il est dynamique, inspiré et force de proposition. Il est dans la réflexion et dans l’action. C’est une francophonie active et fraternelle à petite échelle.   

La francophonie, c’est aujourd’hui 88 pays qui sont reliés par ces liens qui permettent la compréhension, la circulation des connaissances et des échanges. Comme le rappelle le Cheikh Bentounes, « il faut plus que jamais renforcer ces liens, dans la fraternité. Dans un moment comme celui-ci, la francophonie doit servir. Ce n’est pas qu’une question de poésie et de littérature » (même si celles-ci sont essentielles). « Il faut retrouver dans la vie ces principes d’échange et d’humanité. Nous sommes tous liés, sur cette terre et à travers le temps, avec les générations passées et futures. »

Nous le savons, les conflits coûtent cher : 13.4% du PIB mondial, précise le Cheikh Bentounes. Et, poursuit-il, qui peut d’ailleurs chiffrer le coût total de la destruction et du malheur de ceux qui ne sont pas morts ? Les victimes collatérales sont multiples, proches et lointaines, actuelles et futures, pour tous ceux aussi que la faim risque de toucher quand le grenier du monde est mis à mal. À titre d’exemple, la situation était déjà critique au Sahel et en Afrique de l’Ouest, où 17 millions de personnes avaient déjà besoin d’une assistance immédiate pour la période juin-août 2020. Les objectifs du développement durable restent pourtant essentiels.

La guerre menée par la Russie en Ukraine est une catastrophe humanitaire. Ses répercussions économiques négatives se font déjà sentir dans le monde entier et risquent de s’aggraver et de s’inscrire dans la durée. Les Perspectives économiques de l’OCDE analysent les conséquences économiques et sociales de cette guerre, ainsi que ces implications pour les politiques publiques. 

Mais la paix elle-même n'est pas simplement l'absence de conflits. C’est un « processus positif, dynamique, participatif qui favorise le dialogue et le règlement des conflits dans un esprit de compréhension mutuelle et de coopération », comme le précise l’ONU. Les États membres de l’ONU sont ainsi invités à continuer d'agir en faveur de la réconciliation afin de contribuer à la paix et au développement durable.

Car comme le souligne le Cheikh Betounes, être en paix, c’est aussi être en paix avec son environnement. Le développement durable est le grand défi de ce XXIe siècle. Lutter ensemble contre la crise climatique sera vital. Jamais les actions à mener pour lutter contre le changement climatique n’ont été d’une telle urgence et d’une telle ampleur. Pourtant, les engagements pris par les pays pour parvenir à la neutralité en gaz à effet de serre d’ici le milieu du siècle restent insuffisants. Nous nous approchons dangereusement des points de basculement qui entraîneront des modifications à grande échelle, non linéaires et irréversibles du système climatique.

Du fait de sa position unique d’institution multilatérale couvrant une multitude de sujets transversaux, l’OCDE prend une part active dans cette lutte climatique, en fournissant des éléments factuels clairs et en formulant des conseils sur l’action publique pour soutenir les pays, les entreprises et la société civile. Là encore, c’est en coopérant à l’échelle mondiale que nous pourrons travailler ensemble à relever l’un des défis intergénérationnels les plus pressants de notre temps.

Il en va de même pour la pollution plastique par exemple. La production annuelle mondiale de plastiques a quasiment doublé entre 2000 et 2019, passant de 234 à 460 millions de tonnes (Mt). La production de déchets plastiques a quant à elle plus que doublé pour s’établir à 353 Mt en 2019, contre 156 Mt en 2000. Compte tenu des pertes qui ont lieu lors du recyclage, seuls 9 % des déchets plastiques ont été en fin de compte recyclés, tandis que 19 % ont été incinérés et près de 50 % ont fini dans des décharges contrôlées. Les 22 % restants ont été abandonnés dans des décharges sauvages, brûlés à ciel ouvert ou rejetés dans l’environnement… Là aussi, il est plus que temps de travailler tous ensemble pour renverser la vapeur et éclaircir l’avenir.

L’avenir est justement le thème de la journée de la Francophonie 2022 - « La Francophonie de l’avenir ». Et le développement durable y tient un rôle central, tout comme le numérique et l’entrepreneuriat. Cette journée vise notamment à souligner le soutien de la Francophonie à la Jeunesse et à ses aspirations à travers le prisme de ces trois thèmes. Car les jeunes d’aujourd’hui sont nos dirigeants de demain. Leur action sera décisive pour bâtir un avenir plus résilient, plus équitable et plus prospère. Mais ces mêmes jeunes ont déjà été frappés de plein fouet par la pandémie de COVID-19. Comment aller de l’avant ? L’OCDE s’est penchée sur la question : Le pouvoir de la jeunesse : L’élan du changement au-delà du COVID-19. Pour tous ces jeunes et leurs cadets, l’éducation revêt une importance cruciale. Il faut bien sûr veiller à L'équité dans l’éducation. Et au-delà des compétences scolaires, il faudra veiller à Cultiver les compétences sociales et émotionnelles comme le souligne Andreas Schleicher.

Également sur le Forum Network : « Quand Francophonie rime avec économie », par Benjamin Boutin, Président, Francophonie sans frontières

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La Francophonie de l’avenir sera bien sûr profondément marquée par l’évolution du numérique. C’est là aussi un sujet sur lequel l’OCDE travaille d’arrache-pied. Un Observatoire OCDE des politiques de l’IA a été créé. Il s’agit d’une plateforme dédiée au partage de données, d’analyses et de conseils sur l’Intelligence Artificielle (IA). C’est un lieu privilégié d’information et de dialogue en matière d’IA. En dehors de l’intelligence artificielle, l’OCDE couvre de multiples domaines liés au numérique comme l’économie numérique, la blockchain, le gouvernement numérique, le haut débit et les télécoms etc. Le numérique en Afrique est évidemment aussi un sujet crucial pour la Francophonie -- de même que les chaînes de valeur régionales en Afrique.

Enfin, l’entrepreneuriat est une question centrale pour les jeunes, et pour le dynamisme de l’avenir à inventer. Un rapport récent de l’OCDE estime pourtant la pénurie d’entrepreneurs dans l’OCDE à 35 millions. Environ trois quarts de ces entrepreneurs « manquants » sont des femmes, la moitié sont âgées de plus de 50 ans et un huitième de moins de 30 ans. Les jeunes créent moins d’entreprises dans l’UE que les personnes âgées de 50 ans et plus. Près d’un quart des 18 millions de personnes impliquées dans la création ou la gestion d’une nouvelle entreprise dans l’UE en 2020 avaient plus de 50 ans, une part plus importante que celles qui avaient entre 18 et 30 ans.

Les Perspectives de l'OCDE sur les PME et l'entrepreneuriat 2021 font justement le point sur la situation de l’entrepreneuriat et des PME - vulnérabilités, résilience, potentiel de croissance... Elles livrent des recommandations d’action solides et concrètes pour permettre aux gouvernements de tirer le meilleur parti de toute la diversité des PME et des entrepreneurs de leurs pays.

Œuvrer en faveur de meilleures politiques pour une vie meilleure, telle est la mission de l’OCDE. De par la multiplicité de ses travaux sur un large éventail de sujets transversaux, et grâce au français qui est l’une de ses deux langues officielles, l’OCDE peut être un socle d’analyses, de normes et de conseils pertinents pour faire progresser la Francophonie à travers le monde. La perspective internationale qui est celle de l’OCDE sera précieuse. L’OCDE a montré qu’elle peut contribuer à faire avancer les choses concrètement, que ce soit à travers son programme PISA sur les compétences des élèves de 15 ans, ou par le biais de son travail pour plus de justice fiscale au niveau mondial – voir par exemple Révolution dans la fiscalité internationale : la justice fiscale en action, avec Pascal Saint-Amans.

Après deux ans de pandémie de COVID-19, 2022 est marquée par de nouveaux bouleversements. C’est une année charnière. La Francophonie 2022, c’est ce passage d’un monde à l’autre. C’est contribuer à bâtir sans attendre un monde plus vert, plus résilient, plus équitable et plus prospère. La francophonie de l’avenir est une francophonie constructive et dynamique, à l’image, aussi, de cette francophonie économique qui est en train de prendre forme - les pays francophones représentent aujourd’hui 16 % du PIB mondial. Plus que jamais, il faut hâter nos transitions écologique, énergétique et numérique… L’OCDE, par son expertise et ses actions, est là pour que ce monde de demain soit un monde où il fasse meilleur vivre. Comme le rappelait le jeune invité burkinabé au dîner-débat du 8 mars en citant Nelson Mandela : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j'apprends. »

Ne perdons pas. Apprenons. Et progressons. Ensemble.

Références

Site web de l’OCDE 

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Également sur le Forum Network : « Le français à l’OCDE : dynamisme et diversité », par Anne-Lise Prigent, Managing Editor, French Content, OECD

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