Faire un bond en avant vers les énergies vertes : la transition énergétique mondiale dépend du soutien aux pays en développement

Quelles politiques mettre en œuvre pour protéger équitablement à la les populations des pays pauvres et l’environnement ? Image bannière: Shutterstock/PradeepGaurs

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. Cette série vise à favoriser un échange constructif de vues et d’expertises développées dans différents domaines afin de nous permettre de relever ensemble ce défi majeur. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE.

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Les transitions énergétiques des pays en développement et le soutien des pays donneurs sous la forme d’aide extérieure à l’écologisation sont décisifs dans la lutte contre le changement climatique. La COP 26, qui réunira des parties prenantes internationales sous les feux des projecteurs du monde entier, est l’occasion de leur accorder une attention renouvelée.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, nous n’atteindrons pas la neutralité carbone à l’horizon 2050 avec les investissements annuels actuellement consacrés aux énergies propres dans les pays en développement. Pour combler le déficit, tous les financements, quelle qu’en soit la source, devraient être multipliés par plus de sept – c’est-à-dire se hisser de moins de 150 milliards USD à plus de 1 000 milliards USD d’ici à 2030 – et tout nouvel investissement dans les énergies fossiles qualifié de « pourri ». Sans action dans ce sens, les émissions de dioxyde de carbone liées à l’énergie des économies en développement et émergentes pourraient augmenter de cinq milliards de tonnes au cours des vingt prochaines années. Pour qu’il reste la moindre chance d’inverser la tendance du réchauffement climatique, la communauté internationale doit investir davantage dans la finance climatique et mettre fin aux subventions aux combustibles fossiles octroyées au titre de l’aide aux pays en développement.

Cette semaine, des avancées importantes ont eu lieu sur ces deux fronts. Concernant la finance climatique, l’OCDE a publié un rapport qui montre que les pays développés vont probablement respecter leur engagement à fournir ou mobiliser 100 milliards USD par an à l’intention des pays en développement d’ici à 2023. Le précédent rapport d’étape de septembre montrait un déficit de 20 milliards USD et peu de progrès, ce qui a poussé certains acteurs à prendre des engagements à augmenter le financement climatique public bilatéral.

Lire plus sur le Forum Network: Le rôle de l’énergie nucléaire dans l’atténuation du changement climatique, par William D. Magwood, Director-General, Nuclear Energy Agency

S’agissant des subventions octroyées au titre de l’aide au développement, le Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE – un forum international réunissant un grand nombre des fournisseurs d’aide les plus importants – s’est engagé cette semaine à mettre fin à l’Aide publique au développement (APD) pour les nouvelles centrales thermiques à charbon sans captage et stockage du carbone d’ici la fin de 2021. En 2019, l’OCDE a commencé à publier des rapports sur la convergence entre la coopération pour le développement et l’action climatique, qui montrent qu’environ la moitié de l’APD consacrée à l’énergie a été investie dans des activités liées aux combustibles fossiles dans les pays en développement. De fait, en 2019, pour la première fois depuis 2015, l’APD destinée à soutenir de nouvelles infrastructures liées aux énergies fossiles a dépassé l’APD dirigée vers les renouvelables. L’engagement du CAD rompt avec les normes mondiales de financement du développement : il devrait aider à verdir plus de la moitié de l’APD consacrée à l’énergie, qui jusque-là était brune.

Cette décision devrait inciter d’autres fournisseurs de financement à l’appui du développement à faire de même. Le financement du développement qui concerne l’énergie dans les pays en développement est important – suffisamment pour orienter et catalyser des investissements dans les énergies renouvelables sur leur territoire. Au cours des cinq dernières années, l’OCDE a enregistré chaque année 33 milliards USD de financement du développement pour les activités liées à l’énergie, et les financements privés mobilisés par les organismes et mécanismes officiels tels que les garanties ont fourni chaque année 11.5 milliards USD de plus pour l’énergie. Cependant, ce soutien au secteur de l’énergie doit être plus ciblé : une part limitée du financement du développement – environ 30 % – atteint les 20 pays où l’accès à l’électricité est le plus insuffisant.

Mais l’essentiel se jouera au-delà des engagements pris à la COP 26. Les pays les plus pauvres sont confrontés à une double difficulté : ils doivent participer à la transition énergétique mondiale vers la neutralité carbone alors qu’ils ne disposent pas encore de services énergétiques modernes accessibles à tous – l’un des Objectifs de développement durable des Nations Unies de 2015. Il pourrait y avoir là une opportunité : à mesure qu’ils construiront les nouvelles infrastructures dont ils ont besoin, les pays en développement pourront esquiver les technologies obsolètes et construire des systèmes durables à même d’approvisionner leurs économies en électricité pendant les décennies à venir. Ce bond en avant vers les énergies vertes est une chance de produire les avantages que chacun mérite, sur le plan social et sur le plan du développement – et de protéger la seule planète où nous puissions profiter de ces avantages.

Pour de plus amples informations sur les politiques à l’appui de l’action climatique, rendez-vous au Pavillon virtuel de l’OCDE pour la COP26.

Note technique à lire : Scénarios prospectifs du financement climatique fourni et mobilisé par les pays développés en 2021-2025

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Climate Tackling COVID-19 International Co-operation Finance Sustainable Development Goals

Jorge Moreira da Silva

Director of Development Co-operation, OECD

Mr. ‌ Moreira da Silva is since 1st November 2016 the Director of the Development Co-operation Directorate (DCD) at OECD. As Director of the Development Co-operation Directorate (DCD), Mr. Moreira da Silva plays a key role in positioning the OECD’s work on development co-operation at the leading edge. He supports the work of the Development Assistance Committee (DAC) and collaborates closely with other components of the OECD's Development Cluster to strengthen the Organisation’s contribution to the international governance architecture, as well as to OECD-wide initiatives such as NAEC, Inclusive Growth, and work in support of the Sustainable Development Goals (SDGs).