En finir avec le modèle de l’homme « soutien de famille » : l’autonomisation économique des femmes et l’égalité femmes-hommes

Quels types de politiques gouvernementales sont nécessaires pour parvenir à l'autonomisation économique des femmes ? Image bannière : Shutterstock/Imfoto

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. Cette série vise à favoriser un échange constructif de vues et d’expertises développées dans différents domaines afin de nous permettre de relever ensemble ce défi majeur. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE.

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L’importance de l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas surfaite : elle est réelle. Sur le plan humain, l’égalité des sexes assure aux filles et aux femmes une vie et un avenir meilleurs. Des études menées en Suède montrent qu’une société égalitaire est également synonyme d’une vie plus riche pour les garçons et les hommes. Dans les sociétés inégalitaires, la cohésion sociale est moindre ; les comportements antisociaux et la violence sont plus présents. Les pays où il existe une plus grande égalité entre les sexes sont plus soudés ; les résultats en matière de santé et de bien-être de la population y sont meilleurs.

La question de l’égalité entre les femmes et les hommes est aussi une question économique. Lorsque le nombre de femmes actives augmente, la croissance économique est au rendez-vous. Dans mon pays, la Suède, l’égalité des sexes joue un grand rôle dans la prospérité et la croissance économique nationales. D’après une étude menée par PWC au Royaume-Uni, si le taux d’activité des femmes dans les pays de l’OCDE atteignait celui de la Suède, le PIB des pays membres gagnerait plus de 6 000 milliards USD.

L’égalité économique des femmes bénéficie également aux entreprises. Celles-ci ont en effet tout à gagner à offrir aux femmes davantage de perspectives d’emplois et de possibilités d’exercer des postes à responsabilité, puisqu’une meilleure efficacité organisationnelle et une plus forte croissance sont à la clé. De fait, les entreprises comptant au moins 30 % de femmes aux postes décisionnels affichent généralement une rentabilité supérieure de 15 % à celles uniquement dirigées par des hommes.

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En Suède, le gouvernement actuel dirigé par Stefan Löfven, fruit d’une coalition entre le parti social-démocrate et les Verts, se décrit comme le premier gouvernement féministe du monde. Une affirmation ambitieuse qui n’est pas formulée à la légère. Elle témoigne de notre attachement aux idéaux de l’égalité femmes-hommes, qui occupe une place centrale dans les priorités du gouvernement, la prise de décision et l’affectation des ressources. Elle rappelle que 50 % des postes ministériels sont occupés par des femmes et que la totalité des ministres sont chargés de veiller à l’amélioration de l’égalité des sexes dans tous les aspects de l’exercice de leur mission.

Pour mesurer les effets des décisions politiques, la Suède a intégré une analyse sexospécifique dans sa loi de finances, qui permet d’évaluer chaque enjeu politique et question de politique publique sous l’angle de la problématique femmes-hommes.

Sur le plan social, le modèle nordique a joué un grand rôle dans l’égalité entre les femmes et les hommes. Grâce à l’État-providence, le travail non rémunéré est désormais rémunéré – par l’ensemble de la population. Afin de faciliter l’entrée des femmes dans la vie active, il faut des services de qualité en matière d’accueil des jeunes enfants et de soins aux personnes âgées. Il faut également que le système global de protection sociale assure à la fois l’égalité et des perspectives d’emplois.

Si l’on ne devait retenir qu’un seul enseignement de l’expérience suédoise – pas uniquement des années de gouvernement féministe, mais de l’ensemble des efforts en faveur de l’égalité de sexes –, ce serait l’importance décisive de l’autonomisation économique des femmes. Or, pour y parvenir, il faut considérer l’individu, homme ou femme, comme une entité unique. C’est-à-dire que les impôts, les droits et prestations sociales doivent être rattachés aux individus et non au foyer familial. Tant que l’homme sera considéré comme le « soutien de famille » ou « l’apporteur de revenu », aucune véritable égalité entre homme et femme ne sera possible.

En Suède, nombreuses sont les femmes qui travaillent. Mais elles rencontrent certaines difficultés. Par exemple, on a observé que les immigrées d’origine non européenne sont davantage exposées au risque de chômage. Partant de ce constat, le gouvernement a mis en place un dispositif leur permettant de mettre à profit leur congé maternité pour apprendre le suédois. Et des ressources supplémentaires ont été affectées à des programmes à l’intention des immigrés, associant formation pratique et apprentissage de la langue.

L’égalité profite à tous, aux hommes comme aux femmes, aux garçons comme aux filles. Nous ne pouvons et ne pourrons plus accepter que des rapports ne contiennent pas une analyse de la question de l’égalité femmes-hommes ni que les décisions prises au parlement ne se fondent pas sur des évaluations de leur impact sur les femmes et les hommes. En intégrant une optique sexospécifique dans notre processus de décision, nous pourrons élaborer de meilleures mesures et prendre de meilleures décisions.

Lire le rapport de l'OCDE: Soutenir la résilience financière des citoyens pendant la crise du COVID-19

De manière générale, les crises aggravent les inégalités existantes. Ce que l’on constate pour l’instant, c’est que les femmes et les filles ont été particulièrement touchées par la crise liée au COVID-19, car les filets de protection dont elles bénéficient sont souvent plus limités. Qui plus est, on observe une augmentation des violences à l’encontre des femmes et des filles et des grossesses précoces, avec les conséquences dévastatrices qu’on leur connaît, mais aussi des inégalités croissantes sur le plan économique et entre les femmes et les hommes.

Nous devons continuer à alimenter le débat sur cette question afin de sensibiliser les responsables politiques à tout ce que la société peut gagner à promouvoir le travail des femmes. Œuvrons ensemble pour plus d’égalité entre les femmes et les hommes !

 "Avançons vers l’avenir, tout en gardant le passé à l’esprit" par Jan Thesleff, Co-Chair of the MENA-OECD Women’s Economic Empowerment Forum & Ambassador to Egypt, Government of Sweden

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Tackling COVID-19 Gender Equality Income Inequality

Eva Lindh

Regular Member, Swedish Parliament

Member of the Swedish Parliament Regular member, 2018 – current

Deputy member Committee on Finance, 2018 – current

Member of the Swedish Delegation to the Nordic Council, 2018 – current

Member of Delegation to the Inter-Parliamentary Union, 2020 – current

Chair Parliamentarian OECD-network, 2018 - current

Alternate member of the Swedish Parliament, 18 months in between 2015-2017

Deputy member Committee on Civil Affairs 8 months in between 2015-2017

Deputy member Committee on Social Insurance 10 months in 2016

Municipality councillor, Linköping, 2010-2017

Municipal leisure politician, 2002-2010

Social worker, 1995-2010