Des règles de rémunération équitables: Reprise économique et équité salariale

Jusqu'où l'intervention du gouvernement peut-elle aller pour combler l'écart salarial entre les sexes ? Image: Shutterstock/Camilo Concha

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. Cette série vise à favoriser un échange constructif de vues et d’expertises développées dans différents domaines afin de nous permettre de relever ensemble ce défi majeur. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE.

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Dans un contexte de pandémie mondiale qui a donné lieu à une régression imprévue et dévastatrice de la participation des femmes au marché du travail, ainsi qu’à un élargissement du fossé salarial entre hommes et femmes, des organisations multilatérales mondiales ont inauguré conjointement la toute première Journée internationale de l’égalité de rémunération le 18 septembre 2020. 

L’initiative était dirigée par des membres des Nations Unies, dont l’Australie, le Canada, l’Allemagne, l’Islande, la Nouvelle-Zélande, le Panama, l’Afrique du Sud et la Suisse. En tout, 105 États Membres de l’ONU ont coparrainé la résolution de déclarer le 18 septembre « Journée internationale de l’égalité de rémunération ». ONU Femmes, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l’Organisation internationale du Travail (OIT) composent la Coalition internationale pour l’égalité salariale (EPIC). L’EPIC milite et assure la mobilisation pour l’équité salariale et fait la promotion de cette journée dans le monde entier.

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Alors que la hausse des cas de COVID et les confinements ont fait chuter l’emploi et les salaires des femmes, nous avons observé un autre phénomène : une hausse considérable du nombre de rapports, d’études et de récits portant sur les femmes et l’économie, et sur les inégalités économiques. Au cours de la dernière année, nous avons inventé les termes « she-cession » (récession au féminin) et « she-covery » (relance des femmes), et les gouvernements et organismes du monde entier parlent d’une « relance post-COVID féministe ». Mon équipe et moi-même voulions en apprendre davantage sur la résurgence de l’équité entre les sexes et de l’équité salariale comme facteur impératif de la reprise économique post-COVID. Cela n’est peut-être pas surprenant compte tenu du fait que la participation équitable des femmes sur le marché du travail et l’équité salariale ont un impact économique important et mesurable. Le rapport du McKinsey & Company’s Global Institute a ainsi révélé que réduire l’inégalité salariale entre les sexes pourrait ajouter entre 12 et 28 billions de dollars au PIB mondial.

"En finir avec le modèle de l’homme « soutien de famille » : l’autonomisation économique des femmes et l’égalité femmes-hommes" par Eva Lindh, Regular Member, Swedish Parliament

Dans cette optique, nous voulions savoir ce que les législateurs ont fait à l’échelle mondiale pour réduire l’écart salarial entre les sexes (ESS), et ce qui doit encore être fait pour combler le fossé en vue de favoriser une reprise économique équitable. Nous avons donc entrepris de recenser les pays qui sont en mesure de l’éliminer afin de comprendre comment nous pourrions y parvenir également.

En superposant quatre ensembles de données, soit les données de l’OCDE sur l’ESS 2018, le Rapport mondial sur les salaires 2019 de l’OIT, les données Eurostat 2019 et le Gender Gap Report 2021 du Forum économique mondial (FEM), nous avons examiné la mesure dans laquelle les économies sont développées à l’aide de données comparables, tout en utilisant un ensemble plus diversifié de pays afin d’atténuer tout biais occidental. Les pays les plus performants que nous avons initialement analysés comprennent la Belgique, le Danemark, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, la Suède, la Croatie, le Luxembourg, la Suisse et le Bangladesh. Bien que notre travail d’analyse soit toujours en cours, nous pouvons partager trois choses que nous avons apprises jusqu’à présent au sujet de la réduction de l’écart salarial entre les sexes :

  • Les interventions gouvernementales fonctionnent. Dans les pays où on constate un rétrécissement de l’ESS, les gouvernements ont reconnu qu’il résulte d’une combinaison d’enjeux liés au travail et l’équité qui ne doivent pas être régis par le libre marché. Les interventions gouvernementales vont de la législation directe de l’équité salariale et de la transparence des salaires à des politiques en matière de droits humains et de lutte contre la discrimination. Dans de nombreux cas, les pays s’appuient sur un ensemble de politiques complémentaires pour surmonter les complexités de l’ESS.
  • Une communication périodique entre le gouvernement et les entreprises sur la question de l’ESS est importante. Bon nombre des pays qui parviennent à réduire l’ESS prévoient des comptes rendus périodiques et efficaces qui permettent aux décideurs de surveiller et d’analyser les données sur l’ESS. Cela permet des interventions souples en matière de politiques et de programmes qui sont adaptées aux tendances observées dans les données et qui réduisent les inégalités tant anciennes que nouvelles.
  • Les interventions gouvernementales ne peuvent pas tout régler. Bien que la législation et les politiques visant à réduire l’ESS se soient avérées efficaces, près du tiers de l’ESS demeure inexpliqué. L’OCDE et d’autres entités ont attribué cet écart à des stéréotypes culturels profondément enracinés dans des normes culturelles construites et des croyances très répandues à propos des différences entre les sexes et de la discrimination. La discrimination s’est avérée difficile à mesurer, et d’importantes questions subsistent sur la façon dont les interventions gouvernementales peuvent la combattre efficacement.

Les observations issues de notre analyse initiale nous donnent espoir que des politiques équitables en matière de reprise économique puissent nous permettre de combler l’écart salarial entre les sexes à l’échelle mondiale. Telle est notre mission en Ontario, où la législation en matière d’équité salariale est la plus avancée depuis plus de 30 ans. Nos lois sur l’équité salariale sont reconnues comme étant parmi les plus efficaces au monde pour réduire l’écart salarial entre les sexes. Cette réussite s’appuie sur le caractère exhaustif de notre modèle, qui conjugue des mécanismes de législation, de négociation collective, d’arbitrage et d’application de la loi pour en arrive à l’équité salariale. Notre modèle reconnait que la discrimination salariale n’est pas un problème individuel mais plutôt un problème systémique qui requiert une solution systématique. Au cours des quelque 30 dernières années, nous avons réussi à rétrécir l’ESS de 8 %, de sorte que l’ESS actuel est de 12,2 % en Ontario. À l’échelle mondiale, l’ESS demeure à 18,8 %, allant de 12,6 % dans les pays à faible revenue à 29 % dans les pays à revenu moyen-supérieur.

La Journée internationale de l’égalité de rémunération n’est pas qu’un rappel des inégalités qui persistent dans le monde du travail.

C’est un appel à l’action.

C’est un moment qui vise à célébrer les progrès qui ont été réalisés.

C’est un appel lancé à tous les acteurs du domaine des politiques de l’emploi et des politiques économiques afin qu’ils prennent au sérieux la nécessité de combler les inégalités salariales et de favoriser une reprise économique mondiale qui soit équitable.

La Commission de l’équité salariale de l’Ontario a pris un engagement à cet égard et a lancé Équité salariale: des règles de rémunération équitables!, une série de discussions avec des leaders mondiaux du domaine de l’équité, afin que nous puissions interagir avec des décideurs, des législateurs et des activistes de partout dans le monde dans le but de réduire l’écart salarial entre les sexes.

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Kadie Ward

Commissioner and Chief Administrative Officer, Ontario Ministry of Labour, Training and Skills Development

Commissioner Ward is a seasoned executive whose career has been characterized by successful collaboration across public, private and not-for-profit organizations to design and deliver inclusive economic growth strategies. Before joining the Pay Equity Commission in 2020, Commissioner Ward worked on implementing aspects of the Federal Government's "Feminist International Assistance Policy" where she increased women's participation in international trade, the labour market as well as equitable participation of men and women in their local economy. Her expertise has taken her around the world working with legislators to establish programs and legislation that support women-led micro and small enterprises.  She is a Queens’s Diamond Jubilee Medalist, recognized for her work contributing to significant economic improvement in various Canadian cities. Commissioner Ward firmly believes that equity and inclusion are the foundation for sustainable economic prosperity.

Bureau de l’équité salariale de l'Ontario en Twitter

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