Dépenser mieux pour la biodiversité : comment les instruments économiques peuvent aider à préserver la nature

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. Cette série vise à favoriser un échange constructif de vues et d’expertises développées dans différents domaines afin de nous permettre de relever ensemble ce défi majeur. 

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Dix millions d’hectares de forêt sont détruits chaque année. La couverture en corail vivant diminue d’environ 4 % tous les dix ans depuis 1990. Un million d’espèces végétales et animales, soit un quart de la totalité, sont à présent menacées d’extinction. La décennie écoulée n’a pas vu se concrétiser les résultats que beaucoup avaient espérés lorsque le Plan stratégique 2011-2020 pour la diversité biologique a été adopté au titre de la Convention sur la diversité biologique. L'appauvrissement de la biodiversité va donc croissant au péril de notre économie et du bien-être des générations actuelles et futures.

La 15e Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (COP 15) sera un rendez-vous crucial, car elle doit aboutir à un accord sur le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020. Elle nous donne ainsi une chance de dresser l’inventaire des enseignements tirés et de concevoir un cadre plus judicieux et plus efficace pour la prochaine décennie. Ce cadre explicitera les mesures que les pays peuvent prendre pour lutter contre les pressions qui s’exercent sur la biodiversité, qu’elles concernent l’utilisation des espaces terrestres et marins, la surexploitation, la pollution, le changement climatique ou les espèces exotiques envahissantes.

Quel rôle pour les instruments économiques dans le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020 ?

À l’approche de la COP 15, de nombreuses questions font l’objet de débats et de négociations. Il en est une qui ne reçoit pas toute l’attention voulue : celle du rôle des instruments économiques, ou des incitations positives, dans la concrétisation des changements requis pour stopper l'appauvrissement de la biodiversité et la reconquérir. De quoi s'agit-il ? Notamment des taxes, droits et redevances qui touchent à la biodiversité, des permis négociables, des aides à vocation environnementale, des paiements pour services écosystémiques et des dispositifs de compensation des atteintes à la biodiversité. Les économistes de l’environnement les préfèrent aux instruments contraignants plus classiques car ils permettent théoriquement d'atteindre un objectif environnemental donné à un coût économique total plus faible. En d'autres termes, leur rapport coût-efficacité est plus élevé ; ils permettent d'obtenir plus pour le même prix.

Plus d'information sur les instruments économiques pour la biodiversité : Tracking Economic Instruments and Finance for Biodiversity

Ces instruments peuvent s'utiliser dans pratiquement tous les secteurs contre les principales pressions à l'origine de l'appauvrissement de la biodiversité et de la perte de services écosystémiques. Il s’agit des taxes sur les pesticides à usage agricole, des redevances dues pour l’obtention des permis de pêche et de chasse, des permis négociables, qui visent à limiter les prélèvements d’eau souterraine, des paiements liés au carbone bleu, capté par les océans, ou encore des dispositifs de compensation des atteintes à la biodiversité, qui visent à réparer les effets néfastes des projets d'aménagement. Les instruments économiques rendent plus onéreuses les activités qui nuisent à la biodiversité, et économiquement plus attractives celles qui lui sont bénéfiques. En aidant à mettre en évidence la vraie valeur de la nature ou de la biodiversité dans les activités économiques, les instruments économiques contribuent de manière décisive à la prise en compte systématique de la biodiversité dans tous les secteurs.

Les pays utilisent-ils les instruments économiques face à la crise qui touche la biodiversité ?

Oui, même s'ils disposent encore d'une très grande marge de manœuvre en termes d’application et d'ambition. Les données de l’OCDE relatives à ces instruments, auxquelles plus de 120 pays contribuent actuellement, montrent que leur adoption a atteint un plateau depuis 2010 environ (graphique 1). Pourtant prônée dans l’objectif d’Aichi numéro 3 du Plan stratégique 2011-2020 pour la diversité biologique, qui traite des incitations positives, leur utilisation n’est pas totale, ainsi qu’il ressort de la 5e édition des Perspectives mondiales de la diversité biologique.

Graphique 1 : Nombre de pays dotés d’instruments économiques liés à la biodiversité

Figure 1: Number of countries with biodiversity-relevant economic instruments. Source: Tracking Economic Instruments and Finance for Biodiversity – 2021

Source: OECD (2021),Tracking Economic Instruments and Finance for Biodiversity – 2021

D’après les données, le niveau d’ambition des instruments en place n’a pas été revu à la hausse au fil du temps. Par exemple, le montant des recettes fiscales des pays de l’OCDE liées à la biodiversité s’est stabilisé depuis plusieurs années à 7.7 milliards USD par an. Pourtant loin d’être négligeable, il représente moins de 1 % du produit des autres taxes liées à l’environnement, et l’ensemble de la fiscalité environnementale seulement 5 % de la totalité des recettes fiscales.

Nous devons recourir davantage aux instruments économiques bénéfiques à la biodiversité et relever leur niveau d'ambition. Ce sera une dimension essentielle du cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020 et une condition indispensable si nous voulons enrayer la perte de biodiversité et ménager à nos économies un avenir plus pérenne et plus favorable à la nature. 

Dernier rapport de l'OCDE sur le sujet : Biodiversity, natural capital and the economy  

En savoir plus sur les travaux de l’OCDE relatifs à la biodiversité

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Katia Karousakis & Edward Perry

Programme Lead & Analyst, Biodiversity, Land Use and Ecosystems, OECD

Katia works in the Environment Directorate at the Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD), where she leads the programme on Biodiversity, Land Use and Ecosystems (BLUE). Her work focuses on the economics and policy of biodiversity, covering areas such as effective design of policy instruments, biodiversity finance and mainstreaming. From 2006-2008, she worked on climate change issues within the OECD/IEA Climate Change Expert Group. An environmental economist by training, Katia has a PhD from UCL, London, and a Masters’ degree from Duke University, USA.

Edward Perry is an analyst in the Biodiversity, Land Use and Ecosystems team of the Organisation for Economic Cooperation and Development (OECD). His work covers issues such as biodiversity finance, mainstreaming biodiversity across policy areas, and designing effective policy instruments. Edward’s previous roles include Special Advisor to the OECD Environment Director and Global Climate Change Coordinator at BirdLife International, where he worked on the interface between climate change and biodiversity. Edward holds an MPhil in Geography and Environment from the University of Oxford, with a specialisation in biodiversity conservation and management.