COVID-19 et scepticisme vaccinal : un flou sans précédent

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. Cette série vise à favoriser un échange constructif de vues et d’expertises développées dans différents domaines afin de nous permettre de relever ensemble ce défi majeur. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE.

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Le scepticisme vaccinal s’entend de l’attitude des personnes hésitantes, susceptibles de tarder à se faire vacciner, en règle générale ou dans le cas d’un vaccin particulier, sinon de s’y refuser. Il ne faut pas les confondre avec les anti-vaccin qui, eux, s’opposent – parfois bruyamment – à cette pratique médicale. Ces sceptiques sont l’objet de toutes les attentions des autorités de santé publique dans la mesure où ils forment un groupe potentiellement important qu’il est possible de convaincre.

Le COVID-19 verra la toute première vaccination en masse en période de pandémie, à l’aide de nouveaux vaccins – obtenus pour certains grâce à des techniques novatrices – susceptibles d’être autorisés dans l’urgence. Anticipant que ces vaccins seront disponibles en quantité limitée dans un premier temps, l’Organisation mondiale de la santé ainsi que les groupes chargés de conseiller les pouvoirs publics ont recommandé de procéder par ordre de priorité. Ainsi la campagne devrait tout d’abord viser les personnes âgées, les travailleurs de la santé et les membres des services sociaux, de même que les personnes atteintes de comorbidités. Sans doute sera-t-il indispensable d’associer le public à la définition de ces priorités pour qu’il adhère au principe et perçoive que l’on agit en équité. La France, par exemple, a ouvert une consultation publique par l’intermédiaire de deux organes consultatifs (le Conseil scientifique et le Comité d’analyse, recherche et expertise) pour éviter de renouer avec les problèmes d’acceptation rencontrés, en 2009, par le vaccin contre le H1N1.

Nous pouvons aussi tirer les leçons de campagnes précédentes par lesquelles certains segments de la population ont été invités à se faire vacciner contre la grippe, le zona et les infections à pneumocoques. Le pourcentage de personnes âgées qui reçoivent le vaccin contre la grippe dans un petit nombre de pays laisse présager une bonne acceptation, d’autant plus que cette catégorie se montre plus favorable dans les sondages d’opinion. La vaccination des groupes à risques se révèle plus problématique ; il y faudra sans doute une communication plus ciblée et un accès plus aisé. S’agissant des vaccins contre le COVID-19, s’il est tout à fait probable que ces vaccins soient très attendus par ceux qui souhaitent être immunisés et reprendre une vie normale, le risque n’en existe pas moins que peu de personnes soient disposées à les recevoir.

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Il semblerait que le manque de recul, les techniques mises en œuvre et la rapidité du processus de développement incitent à la circonspection, par crainte d’éventuels effets secondaires, notamment à long terme. S’y ajoutent les informations erronées ou mensongères qui circulent au sujet des vaccins à ARN messager, accusés d’induire des modifications de l’ADN, ou qui prêtent des intentions coupables aux gouvernements, aux laboratoires pharmaceutiques et aux organisations internationales. À en croire l’une de ces théories complotistes en vogue, Bill Gates aurait formé le projet d’inoculer, avec le vaccin, une micropuce qui permettrait de contrôler les individus.

S’il est important de retirer ces fausses informations du cyberespace, il faut aussi prendre l’initiative de communiquer pour contrer les points de vues divergents et faire la lumière sur toutes les zones d’ombres. Les questions et doutes légitimes des individus méritent une réponse. Il convient d’expliquer, entre autres, la démarche suivie pour mettre au point les vaccins, les contrôles réalisés pour en vérifier l’efficacité et l’innocuité, les modalités du suivi étroit qui sera effectué et les mesures prises pour garantir une juste organisation de la campagne de vaccination. Cette communication doit commencer de bonne heure, l’idée étant d’engager un dialogue avec les populations et de comprendre leurs points de vue.

Les questions et doutes légitimes des individus méritent une réponse.

Les professionnels de la santé et les scientifiques ont un bien meilleur crédit, dans l’ensemble, que les autorités publiques et les laboratoires pharmaceutiques et c’est donc à eux – avec les responsables locaux et religieux et les personnalités médiatiques – qu’il devrait incomber de porter la bonne parole. Le rôle que tiennent des institutions publiques respectées, comme les universités et les établissements de recherche, et l’intégrité des instances de réglementation demandent à être mis en avant.

Si le scepticisme a une influence notable sur la couverture vaccinale, les pouvoirs publics pourraient en venir à rendre la vaccination obligatoire. Cette perspective inquiète d’ores et déjà sceptiques et réfractaires et pourrait se révéler contre-productive si elle devait soulever des protestations ou affaiblir la relation de confiance entre le public et les autorités. Il est plus probable que l’on aille vers une « vaccination obligatoire sous condition », où l’obligation ne serait effective que dans certains cas. À titre d’exemple, des vaccins sont parfois exigés pour pouvoir travailler dans certains établissements. Il reste à voir si les travailleurs de la santé et les travailleurs sociaux seront tenus de se faire vacciner par leur employeur. De plus, des vaccins sont obligatoires avant de voyager dans certains pays, voire pour participer à certains événements, comme le pèlerinage de la Mecque.

À lire également sur le Réseau du Forum : Des vaccins jusqu’au traitement mondial : pourquoi la coopération internationale est si importante pour vaincre le COVID-19, un texte de Mark Pearson, Directeur adjoint de la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE.

Des vaccins jusqu’au traitement mondial : pourquoi la coopération internationale est si importante pour vaincre le COVID-19 par Mark Pearson, Directeur Adjoint, l’Emploi, Travail et des Affaires sociales, OCDE

Ce que nous savons pour le moment c’est que, dans la mesure où il y aura des vaccins, il faudra du temps pour les produire et les distribuer. Si le déploiement de la couverture vaccinale n’ira sans doute pas sans problèmes, le danger existe aussi d’une baisse de vigilance et d’une certaine lassitude à l’égard des mesures de santé publique. Il demeurera indispensable de continuer à se laver soigneusement les mains, à porter le masque et à respecter la distanciation physique jusqu’à ce que les vaccins aient tenu leurs promesses.

En savoir plus sur les travaux de l'OCDE sur La course à la vaccination

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Samantha Vanderslott

University Research Lecturer, Oxford Vaccine Group and the Oxford Martin School, University of Oxford

Samantha is a University Research Lecturer at the Oxford Vaccine Group and the Oxford Martin School at the University of Oxford. She works on projects about health and society, including attitudes to vaccination, the history of typhoid fever, neglected tropical disease advocacy, and public health responses during outbreaks. Samantha draws on perspectives from sociology, global public health, history, and science and technology studies (STS), and has experience working in government as a Senior Policy Advisor. Her PhD at UCL (University College London) was on the policy and history of neglected tropical diseases, where she conducted fieldwork in Brazil and China, and was a Visiting Fellow at the Harvard Kennedy School of Government and the Brocher Foundation in Geneva.