Avec la vaccination à l’échelle mondiale, nous avons échoué à l'épreuve de solidarité

Les données disponibles montrent que l'impact de la pandémie de COVID-19 touche avant tout les populations les plus pauvres du monde. Image bannière: Shutterstock/Troyan

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain.

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Les données disponibles montrent que l'impact de la pandémie de COVID-19 touche avant tout les populations les plus pauvres du monde. En l’absence d'un accès égal aux vaccins, aux tests et aux traitements, les nouveaux variants qui risquent, et qui ne manqueront pas, de se développer permettront à la pandémie de continuer à faire rage et à détruire des vies et des moyens de subsistance dans le monde entier. La crise a des répercussions directes et indirectes, ainsi que le montrent les interdictions de voyage visant l’Afrique australe. Dans la dernière édition de ses Perspectives économiques, l’OCDE prévoit une croissance économique mondiale de 5.6 % en 2021 (revue à la baisse par rapport à septembre) et de 4.5 % sur l’ensemble de 2022. Toutefois, une reprise totale à court terme n’est probable que dans une poignée de pays, et les pays à faible revenu devraient subir les conséquences de la crise sur le long terme. 

Les plus défavorisés continuent de voir leur situation se détériorer, à un rythme encore plus rapide. On estime à 100 millions le nombre de personnes à être tombées dans l’extrême pauvreté au cours des deux dernières années, tandis que le creusement des inégalités a annulé des décennies de progrès dans des domaines tels que l’égalité des sexes et l’éducation[1]. Les apports externes de financements privés aux pays en développement – investissement étranger et envois de fonds des travailleurs compris - ont chuté de 20 %, soit de plus de 200 milliards USD depuis le début de la pandémie. Les recettes fiscales des pays en développement ont elles aussi diminué, d’un montant estimé à 70 milliards USD pour l’Afrique subsaharienne.

L'aide internationale est régulièrement citée au cours de cette crise comme exemple de source de financement contra-cyclique. L'aide publique au développement (APD) a en effet été portée à 161 milliards USD au cours de la première année de la pandémie – soit une hausse de 8 milliards USD par rapport à l’année précédente, sous l’effet de l’aide allouée pour faire face à la crise du COVID-19. Ces montants sont toutefois dérisoires au regard des 16 000 milliards USD mobilisés par les pays riches au titre des plans de relance nationaux, et les initiatives à l’appui de l’adoption de programmes d'allègement de la dette pour les pays les plus pauvres sont pour l’heure retardés ou gelés.

La progression du variant Omicron, nouvelle source de dissensions, menace un peu plus la coopération et la coordination internationales. Après avoir identifié ce nouveau variant, les autorités sud-africaines ont fait preuve de responsabilité et averti les autres pays. Face à cette annonce, certains pays ont décidé d'interdire les vols à partir de plusieurs pays d’Afrique, frappant ainsi durement leur économie déjà lourdement éprouvée.

Cet exemple est le dernier en date d'une longue liste. Ces deux dernières années, nous avons à plusieurs reprises manqué à notre devoir de solidarité vis-à-vis des pays en développement : nous ne les avons pas suffisamment aidés à se préparer à la pandémie et à renforcer leurs systèmes sanitaires ; nous ne les avons pas suffisamment soutenus dans le renforcement de leur résilience face aux chocs extérieurs ; nous n'avons pas assuré un accès équitable à la vaccination. Confrontés à un nouveau variant, nous continuons à ériger des murs. Cette approche, en plus d’être répréhensible sur le plan moral, n’a aucune justification scientifique ou économique.

Afin de mettre fin à la crise, la priorité mondiale reste de veiller à ce que les vaccins soient produits et administrés le plus rapidement possible, et ce, dans le monde entier. En septembre, un Sommet mondial sur le COVID-19 organisé par le Président des États-Unis, M. Biden, a fixé un objectif de 40 % de vaccination pour la population des 92 pays les plus pauvres. En novembre, les dirigeants du G20 ont fait part de leur objectif de vacciner au moins 40 % de la population de l’ensemble des pays d'ici fin 2021, et 70 % d’ici la mi-2022. Toutefois, si environ deux tiers de la population des pays à revenu élevé et à revenu intermédiaire de la tranche supérieure devraient avoir un cycle vaccinal complet d'ici la fin de l’année - de nombreuses personnes recevant actuellement leur troisième dose ou dose de rappel - seuls 3 % des personnes des pays à faible revenu ont reçu deux doses, et elles ne sont que 20 % à avoir reçu une dose.

Le Dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre le COVID-19 (ACT-A) – et notamment COVAX, son mécanisme de distribution de vaccins - a été créé dans le but de contribuer à remédier à ces inégalités en stimulant le développement et la production des tests, des traitements et des vaccins au niveau mondial, et en en assurant un accès équitable. Ce mécanisme a bénéficié d’un bon soutien de la part des programmes d'aide, avec respectivement 87 % et 90 % de la totalité des promesses de contributions à l’ACT-A et au COVAX provenant de pays membres du Comité d'aide au développement de l’OCDE. Toutefois, en raison des difficultés d’approvisionnement qui ont perduré pendant une grande partie de 2021 - dues essentiellement à l’accaparement des vaccins par les pays riches – le mécanisme COVAX n’a été en mesure d’acquérir que deux tiers des 2 milliards de doses promises aux plus pauvres, et l’excédent détenu par les pays riches risque d’être inutilisable à moins d’être redistribué[2]. Sur le plan positif, la fourniture de vaccins par le biais du mécanisme COVAX s'accélère enfin, et les pays à faible revenu devraient recevoir 1.2 milliard de doses d'ici fin décembre 2021.

Depuis le début de la pandémie, nos experts sanitaires ne cessent de nous rappeler que l'épidémie de COVID-19 ne sera derrière nous que lorsque la maladie aura disparu de l’ensemble des pays - un discours tenu et répété par les dirigeants du monde entier. Nous savons que les faibles taux de vaccination sont un terreau fertile pour les nouveaux variants, et que l’Afrique affiche l’un des taux de vaccination à le COVID-19 les plus faibles du monde en raison d'un accès insuffisant aux vaccins. Nous savons également que les infections actuelles causeront des millions de morts supplémentaires et que le préjudice qu’elles porteront en outre à l’économie mondiale dépassera 9 200 milliards USD. Pourtant, nous voilà désormais face à une nouvelle souche dont l’Organisation mondiale de la santé a mis en garde contre les risques très élevés qu’elle comporte de contaminer des individus dans le monde entier. Au-delà des impacts sanitaires et économiques, les conséquences de la crise s’aggravent également sur le plan politique : les relations entre les pays, ainsi que les contours futurs de notre architecture et de la géopolitique mondiales dépendront du niveau de solidarité dont nous saurons faire preuve en cette période de difficulté.

Il est temps de vacciner dans tous les pays du monde, de mettre à disposition les traitements et d'accroître les capacités de test à l’échelle mondiale. Il est temps de renforcer les systèmes de santé et de veiller à ce que tous les pays disposent des outils numériques nécessaires pour garantir à leurs citoyens une mobilité sans danger. En bref, il est temps que nos dirigeants placent leur confiance dans la science et les réponses collectives – et cessent de s’en remettre aux interdictions de déplacements. Sans cela, le chemin de la reprise restera précaire et incertain pour nous tous.

[1] Voir cette synthèse de l’OCDE et cette analyse de la Banque mondiale.
[2] Airfinity, analyse du G20, novembre 2021

Lire : Perspectives économiques de l'OCDE, décembre 2021 : Un exercice d’équilibre

Perspectives économiques de l'OCDE, décembre 2021 : Un exercice d’équilibre

Plus d'informations sur les travaux de l’OCDE consacrés à « La course à la vaccination »

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Jorge Moreira da Silva

Director of Development Co-operation, OECD

Mr. ‌ Moreira da Silva is since 1st November 2016 the Director of the Development Co-operation Directorate (DCD) at OECD. As Director of the Development Co-operation Directorate (DCD), Mr. Moreira da Silva plays a key role in positioning the OECD’s work on development co-operation at the leading edge. He supports the work of the Development Assistance Committee (DAC) and collaborates closely with other components of the OECD's Development Cluster to strengthen the Organisation’s contribution to the international governance architecture, as well as to OECD-wide initiatives such as NAEC, Inclusive Growth, and work in support of the Sustainable Development Goals (SDGs).