Avançons vers l’avenir, tout en gardant le passé à l’esprit

Image bannière: Shutterstock/John Wreford

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Cet article s’inscrit dans une série de contributions d’experts de l’OCDE et d’influenceurs – du monde entier et de tout secteur de la société – qui répondent à la crise du COVID-19, partageant et développant des solutions pour aujourd’hui et demain. Cette série vise à favoriser un échange constructif de vues et d’expertises développées dans différents domaines afin de nous permettre de relever ensemble ce défi majeur. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement celles de l’OCDE.

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La pandémie a forcé le monde à s’arrêter. Tout ce que nous prenions pour acquis est aujourd'hui devenu rare. Une fois que tout cela sera terminé, certaines choses pourraient redevenir comme avant, mais je suis convaincu que bon nombre de nos attentes et de nos comportements auront changé pour de bon. Alors que le monde se prépare à la sortie de crise et à la reprise économique, nous ne devons pas oublier de regarder derrière nous pour un retour aux principes fondamentaux.

Il y a un an, avant que la pandémie ne frappe de plein fouet, je pensais naïvement que les choses finiraient par reprendre leur cours. Mais aujourd’hui, je réalise qu’il nous faudra certainement emprunter de nouveaux chemins.

La numérisation, le commerce électronique, les paiements en ligne et le e-gouvernement sont en train d’évoluer à grands pas à l'échelle mondiale et le fossé des générations, entre une jeunesse avertie en technologie et une génération plus âgée qui l’est beaucoup moins, se réduit. Ce qui semblait trop compliqué ou trop technique il y a un an fait aujourd'hui partie de la routine quotidienne et du vocabulaire de nombreuses personnes, quel que soit leur âge. Nous « skypons », nous « zoomons » ...  En tant que Suédois, je suis fier que « skyper » soit devenu un terme du langage courant, puisque mon concitoyen Niklas Zennström est l’un des fondateurs de Skype. 

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Mais il y a un autre fossé qui demeure et s’intensifie : le fossé entre ceux qui ont accès aux outils technologiques et les autres. Alors que nous nous dirigeons vers le e-gouvernement et les paiements en ligne, nous devons nous assurer que personne ne soit laissé pour compte. Dans un monde post-COVID, la fracture numérique risque d’engendrer encore plus d’exclusion que la fracture générationnelle, car elle frappe encore plus durement les groupes moins autonomes, souvent dans les pays en développement. 

Les femmes de la région MENA en sont un exemple frappant. Avant la crise de COVID-19 déjà, les femmes se heurtaient à de nombreux obstacles sur le chemin de l'emploi formel et de l'entrepreneuriat, malgré un meilleur accès à l'éducation (facteur conduisant généralement à des niveaux d'emploi plus élevés). La part des femmes dans la population active y est non seulement la plus faible au monde, mais sa progression y est aussi très lente. Selon certaines sources, cette part n’aurait augmenté que d’à peine un point de pourcentage au cours des deux dernières décennies. La révolution numérique pourrait potentiellement permettre à davantage de femmes de la région d'accéder à un emploi en dehors du foyer et de non seulement faire entendre leur voix, mais également d'être écoutées.

Cependant, d'autres problèmes doivent être résolus en premier lieu : les « fondamentaux ».  L’accès des femmes de la région aux opportunités économiques est entravé par des incohérences dans les cadres juridiques, un manque d'application des lois existantes et un accès difficile à la justice. Les normes sociales discriminatoires à l’égard de la place des hommes et des femmes dans la société limitent non seulement la capacité des femmes à participer sur le marché du travail, mais influencent leurs choix lorsqu'elles le font, par exemple en les décourageant de travailler dans le secteur privé où les avantages et la sécurité de l'emploi sont inférieurs à ceux du secteur public.  Et ces stéréotypes enracinés peuvent également ouvrir la porte à d'autres pratiques néfastes telles que la violence sexiste, une « pandémie cachée » que nous avons vue s'aggraver au cours de l'année écoulée.

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En tant que champion de l’égalité des genres et coprésident du Forum MENA-OCDE sur l'autonomisation économique des femmes, en collaboration avec sa coprésidente, S.E. la ministre égyptienne du Plan, Dr. Hala El-Said, je note et tente de souligner chaque jour le risque que la situation des filles et des femmes empire à la suite de la pandémie. Ne perdons pas de vue les problèmes fondamentaux qui existaient avant la pandémie et qui doivent rester au centre des préoccupations une fois que nous en serons sortis. La récente publication de l’OCDE intitulée Changer les lois et éliminer les obstacles à l’autonomisation économique des femmes : Égypte, Jordanie, Maroc et Tunisie en analyse bon nombre et formule des recommandations sur lesquelles les gouvernements de la région peuvent s'appuyer pour construire une reprise plus inclusive.

J'ai passé près de sept ans de ma carrière diplomatique en Égypte. Des années fantastiques avec des gens fantastiques, remplies d'histoire et de beauté. Cette année, j'ai été nommé Commissaire général lors de l’exposition universelle à Dubaï, Expo 2020. Depuis la première édition qui s’est tenue à Londres en 1851, les expositions universelles se sont déroulées sous différentes formes, mais il s’agit d’une première au Moyen-Orient. Ce qui la rend encore plus unique, c'est son timing. Nous avons à présent une excellente occasion de reconstruire en mieux et de montrer à quoi pourrait et devrait ressembler la « nouvelle normalité », un monde plus durable dans tous les sens du terme, sur les plans environnemental, économique et social. La parité hommes-femmes est l'un des éléments fondamentaux de sociétés plus durables. La résilience ne peut être obtenue qu'en incluant la population dans sa totalité. 

Pour en savoir plus visitez le site de l'OCDE et la région MENA

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En savoir plus sur la conférence ministérielle MENA-OCDE "Concevoir une feuille de route pour la reprise dans la région MENA", qui aura lieu le 1er avril 2021.

Nous devons tout mettre en œuvre afin que les pierres d’achoppement d’hier ne nous empêchent pas de mieux reconstruire. Regardons vers l’avenir, en gardant à l’esprit les problèmes fondamentaux, les inégalités et les préjudices d’hier et d’aujourd'hui, et en y faisant face. En travaillant ensemble - gouvernements de la région MENA, membres de l'OCDE et parties prenantes du secteur privé et de la société civile - nous pouvons construire le monde meilleur dont nous rêvons, pour nous et nos enfants.

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Jan Thesleff

Co-Chair of the MENA-OECD Women’s Economic Empowerment Forum & Ambassador to Egypt, Government of Sweden

Jan Thesleff is a Swedish Diplomat, having served in the Middle East and North Africa for the past thirty years. Most recently as Ambassador to Egypt, the UAE, Tunisia, Libya and Saudi Arabia. In 2021 he was appointed as Commissioner General for Sweden’s participation at Expo 2020 in Dubai. He is since 2020 vice-chair of the OECD-MENA Women’s Economic Empowerment Forum and an active gender champion.//Jan Thesleff est un diplomate suédois ayant exercé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord au cours des trente dernières années, et plus récemment en tant qu'ambassadeur en Égypte, aux Émirats arabes unis, en Tunisie, en Libye et en Arabie saoudite. En 2021, il a été nommé commissaire général pour la participation de la Suède à l'Expo 2020 à Dubaï. Il est depuis 2020 vice-président du Forum OCDE-MENA sur l'autonomisation économique des femmes et un défenseur actif de l'égalité des genres.