Forum de l'OCDE 2018 : Retour arrière et perspectives futures

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Jul 30, 2018
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Cher-e-s membres du Forum Network,

Il y a tout juste quelques semaines, nous avons convié à Paris quelque 4 000 intervenants venus de tous horizons pour débattre des valeurs, des aspirations, des espérances et des préoccupations communes qui nous rassemblent et qui sont au cœur de la recherche de solutions à l’heure où nos sociétés sont en proie à la division et à la désintégration, et où nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’équité d’une économie mondialisée ainsi que sur les processus multilatéraux par lesquels elle est gouvernée. « Ce qui nous rapproche », tel a été le thème central de l’édition 2018 du Forum de l’OCDE.


Pour tenter de répondre à cette question, j’aimerais vous faire part de quelques-uns des points de vue qu’il nous a été donné d’entendre, en particulier à ceux d’entre vous qui n’ont pu être présents et qui, pourtant, étaient parties prenantes au déroulement du programme du Forum par leurs contributions via le Forum Network, à la définition des thèmes et du titre de cette manifestation.

Lorsque nous nous efforcions d’explorer les différentes valeurs qui nous unissent, comme l’inclusivité, l’équité, la solidarité, la justice et l’intégrité, David Urquhart, Évêque de Birmingham, nous a rappelé qu’il est essentiel que nous ayons des systèmes de valeurs partagées et compatibles pour pouvoir rester centrés sur ce qui nous rend humains tandis que Sharan Burrow, Secrétaire général de la Confédération syndicale internationale, a suggéré qu‘un grand nombre de problèmes pourrait être résolu si nous pouvions mondialiser la compassion.

Certains débats du Forum ont fait écho aux aspirations et aux espoirs que nourrissent les citoyens dans un monde de plus en plus interconnecté qui évolue à grande vitesse : aspirations à un monde du travail inclusif et espoirs pour une égalité d’accès à l’éducation, à la santé et au logement. Dans ce contexte, le ministre français de l’Éducation, M. Jean-Michel Blanquer, a tracé quelques orientations à suivre pour faire preuve de résilience dans un monde livré aux perturbations : l’objectif est de permettre à tous de s’épanouir par l’éducation, par la formation, dans un monde en perpétuelle évolution où l’adaptation est le maître mot, où chacun doit se forger un projet de vie et conquérir toujours plus de liberté et de confiance en soi. Nous sommes, selon lui, les témoins de l’une des révolutions les plus importantes de l’histoire de l’humanité.

De nombreux participants au Forum ont exprimé leur angoisse à propos de l’avenir du travail, s’inquiétant d’une numérisation croissante pouvant avoir des effets notables sur notre sens de la collectivité et sur les relations humaines, favorisant ainsi l’isolement et la perte d’identité. Rory MacFarquhar, Directeur de la politique économique mondiale de Google, a déclaré que nous avons atteint des niveaux d’anxiété incroyables au sujet du potentiel perturbateur de la technologie, anxiété alimentée par l’idée que les robots seront détenus par une poignée d’individus tandis que de larges pans de la population seront privés de tout. Mariarosaria Taddeo, Directrice adjointe du Laboratoire d’éthique numérique de l’Oxford Internet Institute, a lancé un appel à agir pour cesser de s’adapter face à une technologie que nous avons subie pendant trop longtemps et commencer à prendre les rênespour  désormais entreprendre de concevoir la société.

Les conversations qui ont eu lieu pendant le Forum ont relayé les inquiétudes collectives liées à l’aggravation de la marginalisation, de l’isolement, de la polarisation, de la discrimination et des extrémismes. Tim Dixon, co-fondateur de More in Common, a alerté sur la fragilisation du tissu social en précisant que l’un des défis majeurs pour les pouvoirs publics au cours des prochaines décennies consistera véritablement à préserver l’unité des sociétés, et qu’il ne faut pas partir du principe que cela va aller de soi. Il nous faut, selon lui, appréhender à travers le prisme des rapports humains toute la palette des domaines de l’action gouvernementale. David Lucas, sénateur espagnol, a invité les responsables politiques à se souvenir que la démocratie est un travail quotidien, et non pas, un temps fort qui survient tous les quatre ans. Aart de Geus, Président de Bertelsmann Stiftung, s’est déclaré pour sa part inquiet que la jeune génération porte un regard très dur sur l’échec de la démocratie d’aujourd’hui, ce qui laisse craindre que tous les citoyens et électeurs ne se reconnaissent pas dans les processus démocratiques traditionnels. 

Sur la voie de la recherche de ce qui nous rapproche, le Forum a offert une occasion d’explorer comment innover et donner un nouveau souffle à la coopération internationale. Le Président français, Emmanuel Macron, a peut-être résumé l’essence du débat de la manière la plus concise qui soit en exprimant son aspiration à un système mondial plus fort conçu pour affronter les réalités du XXIe siècle. Selon ses propres termes, « le multilatéralisme n’est pas seulement une addition de bilatéralismes, c’est un dialogue à plusieurs voix, une polyphonie de l’action, de la pensée qu’il nous faut construire, toujours réinventer, et rendre juste et efficace dans le monde qui est le nôtre ». D’autres voix se sont jointes à la sienne pour appeler de leurs vœux la conclusion de partenariats d’un nouveau genre et l’avènement d’un nouvel ordre mondial :notamment celle de Friederike Röder, PDG de ONE France, qui estime que nous sommes confrontés à une situation dans laquelle nous devons réellement défendre le système multilatéral et qu’une ldes conclusions devrait assurément être qu de renforcer davantage le rôle des citoyens dans les processus multilatéraux ; ou encore celle d’Alejandro Romero, Fondateur et PDG d’Alto Data Analytics, qui considère que nous sommes face à une nouvelle renaissance dont les enjeux sont si complexes que nous devons ensemble faire appel à deux nouveaux esprits, nous avons besoin de nouveaux Leonard de Vinci capables d’appréhender les défis mondiaux dans une perspective systémique.

Le Forum est un espace où chaque voix et chaque avis comptent, qu’ils s’expriment sur le Forum Network ou pendant les débats qui ont lieu à Paris. Au cours de la manifestation proprement dite, nous avons utilisé nos réseaux pour recueillir des idées, expérimenter de nouvelles façons de penser et de nouvelles approches dans le cadre d’une série d’ateliers, de « fabriques à idées », consacrés à la relance de la coopération internationale. Nous sommes allés au-delà des symptômes, de la partie émergée de l’iceberg, pour explorer les scénarios, les comportements, les schémas mentaux et les croyances sous-jacents afin de contribuer à l’élaboration de feuilles de route différentes. Parmi les principaux problèmes posés, figurait l’érosion de la confiance à tous les niveaux de la société. Le besoin de transparence et de communication (il s’agit d’écouter tout autant que d’expliquer) et les fondements de la légitimité étaient également des aspects suscitant un intérêt considérable. Il conviendrait de faire plus encore pour ouvrir la coopération internationale à ceux qui n’y prennent pas part directement et pour établir des liens avec les citoyens. Les participants ont manifesté le sentiment que les organisations internationales sont désormais très absorbées par les tâches qui leur ont été assignées et qu’elles devraient se concentrer sur les valeurs fondamentales qui sont au cœur de leur mission initiale et mettre leurs travaux en rapport avec les effets concrets qu’ils peuvent avoir sur la vie des populations. Certes appelées à se réformer en profondeur, les organisations internationales ont la possibilité de jouer un rôle de « faiseur de sens » au service de la communauté internationale dans une époque marquée par la surabondance d’informations et la perte de sens.

Je vous invite à regarder la courte vidéo qui vous donnera un aperçu des nombreuses discussions et des échanges passionnés qui se sont déroulés pendant le Forum.


Merci encore pour les idées, la bonne volonté et l’énergie qui ont fait de ce Forum 2018 une réussite et qui nous ont aidés à avoir une vision collective plus fine de notre position sur le chemin qui doit nous permettre de dépasser les clivages, et à nous rappeler simplement combien de points communs nous rapprochent et nous donnent espoir dans un avenir plus radieux.

La conversation ne s’arrête pas là. Ceux qui ont pris part au Forum sont invités à livrer leurs réflexions et leurs impressions sur le Forum de cette année : 

  • En quoi le Forum a-t-il changé, le cas échéant, votre point de vue sur des sujets que nous avons débattus ? Avez-vous noué de nouveaux partenariats et pensé à de nouveaux projets ?
  • Quelles sont les pistes que vous suivrez dans le cadre de vos travaux ?

Ceux qui n’ont pas pu participer au Forum sont également invités à s’exprimer et à poursuivre la conversation : 

  • Comment concevoir de nouveaux modes de collaboration et des partenariats d’un nouveau genre ?
  • Comment, selon vous, les organisations internationales peuvent-elles agir en tant que « faiseurs de sens » au service de la communauté internationale en mettant leurs travaux en rapport avec les effets qu’ils peuvent avoir concrètement sur la vie des citoyens ?  

J’en appelle à vous tous pour poursuivre dans les mois qui viennent la réflexion que nous avons amorcée et commencer à préparer les principaux thèmes du Forum 2019. 

Anthony


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Anthony Gooch

Director, OECD Forum, OECD

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