Les carrières non linéaires des femmes, une histoire sans fin !

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Mar 20, 2018
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Année après année, les statistiques continuent de prouver qu’être une femme sur le marché du travail reste l’un des plus grands facteurs de discriminations : elles sont ségréguées, surreprésentées dans les contrats précaires (80% des salarié.e.s qui travaillent à temps partiel sont des femmes, selon l’ORSE) et plus sujettes à des trajectoires professionnelles non linéaires. Mais les femmes subissent surtout d’importantes discriminations liées à la maternité, qui ajoutent au tristement célèbre « plafond de verre » un « plafond de mère » les empêchant d’accéder aux postes les plus élevés.

Aujourd’hui, la maternité précarise toujours les femmes alors que la parentalité concerne tout autant les pères qu’elle ne concerne les mères. En effet, avant la survenance d’une grossesse et d’un enfant, les écarts entre les taux d’emploi des femmes et des hommes ne sont pas si frappants. Pourtant, si chez les personnes seules, cet écart de taux d’emploi est de 3 points, selon une étude réalisée par le Ministère des Droits des Femmes en 2013, il s’élève à 19 points à partir du premier enfant pour atteindre 35 points d’écart au troisième enfant. Les hommes, quant à eux, sont très peu nombreux à s’arrêter de travailler ou à modifier leurs horaires de travail pour s’occuper de leurs enfants : 30% des pères ne prennent pas les 11 jours de congé paternité qui existent depuis 2002, et seulement 2% de l’ensemble des congés parentaux sont pris par des hommes, selon les chiffres de l’ORSE. De la même manière, seulement 12% des pères ont modifié leur activité au-delà de leur congé paternité, alors que ce phénomène concerne 1 mère sur 2, selon un rapport de France Stratégie paru en 2016. A ce titre, les hommes déclarent que la prise d’un congé parental prolongé ou une modification d’horaires pourrait avoir un impact négatif sur leur carrière.

A la lumière de ces constats, l’intervention des pouvoirs publics pourrait être un puissant levier de changement. Il s’agirait alors de faire porter l’action sur la transformation des mentalités afin de sortir du modèle patriarcal qui priorise les carrières des pères et confronte les femmes au « plafond de mère » et à une « charge mentale » inégalement répartie au sein des couples. Pour JUMP, les trois actions fortes pour lutter contre cette discrimination au travail seraient :  

Apprendre la répartition de la charge mentale à l’école : Si les femmes sont de plus en plus nombreuses sur le marché du travail et dans les postes à responsabilités, la charge mentale est toujours très inégalement répartie : 80% des tâches ménagères et domestiques sont gérées par les femmes et dans 76% des cas, ce sont elles qui gèrent seules la vie scolaire de leurs enfants. Le manque d’engagement des pères dans la prise du congé parental instaure un profond déséquilibre de l’organisation familiale dès l’arrivée du premier enfant et cristallise cette inégale répartition des tâches au détriment des mères. L’apprentissage, dès le plus jeune âge à l’école, de la répartition des tâches domestiques entre les garçons et les filles doit avoir un impact sur les comportements des futures générations.

Conjuguer la parentalité au masculin : La faible considération du congé paternité contribue à enraciner les carcans du patriarcat puisque les femmes sont les seules à porter les stigmates de la maternité au sein du monde professionnel. Les entreprises perçoivent les femmes comme des éléments incertains ou potentiellement « bientôt absentes » et leur proposent en conséquence des postes moins élevés et des salaires moindres. Réformer le congé paternité en l’allongeant, en améliorant son indemnisation ou en le rendant obligatoire, à l’instar de la Norvège, permettrait de remettre à égalité femmes et hommes face à une possible interruption de carrière liée à la parentalité.

Accentuer les efforts des politiques familiales : notamment les actions en faveur de l’augmentation des modes de garde disponibles. En effet, trouver un mode de garde est considéré comme une épreuve pour la majorité des mères qui travaillent. En cas de déficit de mode de garde, c’est très majoritairement la femme qui prendra un congé. Ce chiffre est même en augmentation en France puisqu’il représentait 96% il y a 6 ans et il est aujourd’hui de 98% selon l’INED. Or aujourd’hui, en France, il manque entre 350 000 et 500 000 places en crèches selon les différents modes de calculs, et le maillage territorial des autres modes de garde est très inégal selon une enquête de l’association Maman Travaille.

Le fait de devenir mère, et même parfois la seule présomption de maternité, peut bloquer l’ascension professionnelle des femmes mais également induire une diminution de leurs ressources financières. La gestion des carrières non linéaires représente un enjeu crucial pour la société dans son ensemble tant leurs conséquences dépassent la sphère professionnelle. En effet, face aux épreuves de la vie : divorce, chômage, vieillesse, les femmes avec enfants se précarisent davantage que les femmes sans enfant ou les hommes avec ou sans enfant. En moyenne selon l’Insee, une rupture appauvrit 3% des hommes en France contre 20% des femmes. De plus, l’allongement de l’espérance de vie face à la diminution des niveaux de retraites accentue la paupérisation importante des femmes et remet en cause tout le modèle social de prise en charge de nos aîné.e.s. 

Agir sur la discrimination des femmes au travail, c’est agir sur le bienfondé de toute la société et sur la croissance économique. L’OCDE affirme par ailleurs que si l’écart entre les taux d’emploi des femmes et hommes diminuait de 50%, le PBI mondial augmenterait de 6%, et si les deux taux parvenaient à converger totalement, c’est une augmentation de PIB de 12% qui pourrait avoir lieu ! 

Lire le chapitre 13 : Les obstacles au parcours professionnel des femmes et à leur mobilité sur l'échelle des revenus du rapport de l'OCDE Atteindre l'égalité femmes-hommes, un combat difficile

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Annick de Vanssay

Managing Director, JUMP

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