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Blockchain : Comment préserver l’identité des populations fragiles ?

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Sep 04, 2018
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L’absence de preuves d’identité bloque l’accès aux services les plus basiques et empêche l’émancipation de millions d’individus. L’utilisation de la blockchain, en offrant un cadre de confiance pour des informations administratives, apporte des éléments de réponse à ces enjeux. Si la révolution numérique peut être perçue comme un risque, notamment pour toute une frange de la population exclue de ces technologies, elle peut donc également se révéler être un formidable vecteur d’inclusion.

On décrit souvent la révolution numérique comme un phénomène inévitable, global,  qui modifie nos façons d’interagir, de travailler, de concevoir nos identités mêmes. Dans le secteur social et humanitaire, cette révolution est en cours, et modifie en profondeur les liens existant entre les citoyens, les administrations publiques, et les acteurs sociaux. On peut considérer cette révolution comme un risque, notamment pour toute une frange de la population, exclue de ces technologies, ou à l’inverse comme une chance, dans la mesure où une technologie peut être un outil permettant de résoudre des problèmes sociaux.

Photo par Jono sur Unsplash

Un problème social que l’on retrouve à la fois dans les pays développés et dans les pays en développement est celui de l’identité, et de la capacité de n’importe quel citoyen à prouver son identité pour faire valoir ses droits les plus fondamentaux. Le Groupe #ID4D Global Dataset de la Banque Mondiale fait état de plus d’un milliard de personnes qui ne disposent d’aucune preuve officielle de leur identité. L’absence d’identité bloque l’accès aux services les plus basiques, tels que la téléphonie ou la bancarisation, et empêche l’émancipation des individus. C’est également un problème majeur pour les Etats, qui doivent être en mesure de connaître leurs populations pour organiser efficacement le développement du pays et l’organisation de la société.

Parte de la population sans titre d'identité national par sexe
Chart: Banque Mondiale

Le problème de l’identité affecte donc les personnes directement, mais également les structures qui accompagnent les publics les plus fragiles, telles que les administrations, les associations d’action sociale, les ONG humanitaires, etc… Il est dès lors intéressant de se demander si la technologie, utilisée comme un outil au service de l’inclusion, peut y apporter une réponse.

Le numérique peut être utilisé, via l’application des technologies de cloud computing, afin de stocker les documents essentiels pour prouver l’identité et accéder aux droits sociaux, et afin de les rendre accessibles depuis n’importe où à leurs propriétaires. Les services de stockage en ligne permettent également de simplifier les interactions nécessaires pour l’accès aux droits, en facilitant le partage d’informations entre la personne détentrice d’un espace de stockage et les professionnels sociaux ou humanitaires qui peuvent avoir besoin de ces documents.

Photo par rawpixel sur Unsplash

La possibilité de stocker, sous une forme numérisée, des documents d’identité, pose la question de la validité légale de ces informations : un document scanné par une personne ou par un professionnel l’accompagnant a-t-il une validité aux yeux des administrations publiques ? En France, le gouvernement s’est fixé comme objectif une dématérialisation effective de tous les services publics à l’horizon 2020. Dans ce contexte de dématérialisation progressive des services publics, la notion de certifié conforme n’existe plus, et un document scanné n’a donc pas la valeur d’un original, autrefois demandé dans une majorité des démarches. La question de la certification des informations sur des supports numériques devient donc un enjeu central, et notamment pour les publics dont il est ici question, qui n’ont bien souvent pas de support physique à présenter, et qui sont amenés à partager ces informations avec plusieurs acteurs sociaux.

L’utilisation de la blockchain apporte des éléments de réponse à ces enjeux, en offrant un cadre de confiance pour des informations administratives. Les données liées à une information, sécurisées sur un registre, peuvent permettre de vérifier son origine, de vérifier les modifications qui ont été faites sur un document, ou de lister les interlocuteurs qui ont traité l’information pour le compte d’un bénéficiaire au cours de son parcours administratif. Lorsqu’un acteur social ou humanitaire doit s’assurer de l’identité d’une personne ou utiliser un document la concernant, la technologie blockchain peut garantir son authenticité, et donc accélérer l’insertion. 

Plusieurs utilisations de la blockchain à des fins de certification d’identité émergent actuellement. Cette technologie est ainsi expérimentée dans un camp de réfugiés syriens en Jordanie, où le Programme alimentaire mondial des Nations unies utilise un procédé de reconnaissance de l’iris pour faciliter la distribution alimentaire. En Finlande, la blockchain est également utilisée pour aider les réfugiés : le service de l’immigration fournit aux réfugiés non bancarisés des Mastercards prépayées, qui donnent également aux réfugiés une identité numérique unique stockée sur une blockchain.

A member of the World Food Programme team assists a Syrian refugee in using the blockchain method in Azraq refugee camp
Photo: World Food Programme

Une expérimentation est également menée dans le cas de Reconnect, un outil de cloud solidaire français, avec le Samusocial de la Ville de Paris, et permet à des familles hébergées en hôtel social de recevoir automatiquement leurs certificats d’hébergement sur leur compte Reconnect. La blockchain développée va faciliter la certification de ces documents, nécessaires pour l’accès à des droits essentiels tels que l’aide alimentaire ou la scolarisation des enfants. 

Pierre Digonnet, Co-Fondateur, RECONNECT
Photo: OCDE

Ainsi, si la technologie peut être porteuse de risques, les exemples d’utilisations qui se développent dans le secteur social et humanitaire, et notamment avec la blockchain, montrent le potentiel de cadre et de sécurité qu’elle porte. Sur le vaste chantier de l’identité, la blockchain pourrait ainsi apporter une certification d’identité plus sûre qu’une preuve physique, et faciliter l’accès aux droits de millions de personnes aujourd’hui privées d’identité.

Image bannière: CMDR Shane sur Unsplash

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Pierre DIGONNET

Cofounder, Reconnect

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